Le défi au Guatemala

Le Guatemala est un pays en voie de développement qui présente de nombreux problèmes sociaux : plus de la moitié de la population vit dans la pauvreté, la population indigène est peu consultée dans l'élaboration des politiques et l'élite économique est le principal décideur. Après l'ouverture des frontières et la signature d'accords commerciaux internationaux, les investissements étrangers ont favorisé la croissance économique. Mais les petits paysans ne profitent pas de ces nouvelles recettes, ni la majorité des femmes et des jeunes.

La malédiction de la géographie

Le Guatemala ne manque pas de richesses naturelles mais celles-ci ainsi que sa situation géographique engendrent aussi des risques. Par exemple, à l'instar d'autres pays de la région, le Guatemala est riche en matières premières, qui sont la source de nombreux conflits violents. Les entreprises minières tentent de maximiser leurs profits et se soucient rarement des conséquences sociales ou environnementales. Jusqu’à présent la population indigène et la communauté rurale ne profitent pas de l'exploitation de cette richesse de manière équitable. Dès lors, les organisations paysannes et la communauté indigène collaborent de plus en plus étroitement afin d’empêcher l'exploitation effrénée des matières premières ou du moins de tenter de la soumettre à des règles strictes. 

L'Amérique centrale est en outre très vulnérable face aux catastrophes naturelles. Ainsi, le Guatemala est régulièrement frappé par des ouragans, des tempêtes tropicales, des tremblements de terre et des éruptions volcaniques. Ces 25 dernières années, tant la fréquence que l'intensité et l'impact de ces catastrophes ont augmenté. Ce sont les conséquences du changement climatique, d'une politique d'aménagement du territoire quasi inexistante et de la vulnérabilité croissante des populations les plus pauvres.

Économie en berne

La crise économique de ces dernières années en Amérique centrale a fortement fragilisé la majorité de la population : la pauvreté et la mauvaise alimentation rythment la vie de la plupart des habitants. Beaucoup se sont retrouvés au chômage à cause de la crise financière mondiale et de systèmes d'imposition défavorables. L'argent envoyé au Guatemala par les émigrants est épuisé et la consommation a baissé. Le système fiscal ne permet qu'une faible redistribution des richesses. Par ailleurs, la dette publique a augmenté.

Dans le cadre de l'intégration régionale, le Guatemala a ratifié en 2003 un accord de libre-échange avec les États-Unis (ALÉAC) et, en 2012, l'Accord d'association avec l'Union européenne. Ces deux accords représentent une réelle menace pour les moyens de subsistance des producteurs et petits paysans ainsi que pour la sécurité alimentaire de la population. Le Guatemala est en effet tout sauf prêt à entrer en compétition avec des pays plus forts économiquement.

Le modèle d'agriculture familiale est pris en otage par de puissants groupes économiques internationaux et nationaux. Ceux-ci s'approprient de grandes parcelles de terre pour l'exploitation du bois, la culture d'huile de palme ou de betteraves sucrières pour produire du biocarburant. Les ressources naturelles telles que l'eau potable sont menacées et l'insécurité alimentaire s’aggrave. La population rurale indigène est souvent chassée en grand nombre de ses terres. Or, ce sont les petits paysans qui cultivent le maïs et les haricots rouges qui sont les aliments de base de toutes les classes sociales du Guatemala. L'économie rurale assure ainsi le développement de l'ensemble de la population.

Les droits des citoyens en danger

Dans plusieurs pays d'Amérique centrale, les institutions démocratiques sont affaiblies et la corruption augmente. Le trafic de drogue ou d'armes entraînent une insécurité et des violences croissantes. Le Guatemala ne fait malheureusement pas exception. Les violences contre les femmes sont nombreuses, et ce, souvent seulement parce qu’elles sont femmes. L’oppression des femmes est presque considérée comme normale et les coupables restent souvent impunis. Le budget consacré au programme de prévention et d'éradication de la violence a récemment été diminué de moitié. Alors que les mouvements citoyens de la région aspirent à défendre leurs droits et à être activement concernés par les décisions politiques, les protestations ont été criminalisées, ce qui entrave la mobilisation sociale. 

Chacun, sans distinction, doit pouvoir faire usage de ses droits et doit pour cela pouvoir avoir confiance en une justice équitable et efficace. Mais souvent, c'est là que le bât blesse au Guatemala. Même s'il existe une législation correcte et qu'une affaire arrive devant le juge, rien ne garantit que le coupable d'un crime soit effectivement puni et les élites économiques demeurent souvent intouchables. De nombreuses victimes sont laissées pour compte, et tout particulièrement les femmes victimes de violences.

Les discriminations et les violences faites aux femmes sont dues à des rapports de force inégaux entre femmes et hommes. Les idées et les valeurs sur lesquelles ces rapports se basent sont profondément ancrées dans la société, et les autorités ne parviennent pas à garantir les droits des femmes. Des groupements de femmes et mouvements féministes ont mis cette problématique en évidence et ont ouvert le dialogue avec les autorités. Elles exigent que l'État respecte ses obligations internationales en matière de droits des femmes et garantisse l'égalité des droits. Elles veulent inciter d'autres organisations et les communautés à s'impliquer dans le combat contre la violence faite aux femmes en organisant des actions publiques. Cependant, malgré des campagnes de sensibilisation et des actions politiques, leur impact est encore très limité.

Aussi bien sur le plan national que local, les mouvements d'indigènes, les organisations de paysans et de femmes, les groupes de jeunes, etc. militent pour un plus grand respect des droits humains. Ils font pression sur les autorités et sur l'appareil judiciaire pour faire respecter leurs droits fondamentaux. Dans leur combat, ils sont soutenus par différentes organisations internationales, dont Oxfam.