Le défi au Laos

La République démocratique populaire lao est restée relativement isolée économiquement entre 1975 – la fin du conflit qui a vu le Parti Communiste Lao prendre le pouvoir – et le début des années '90. À la fin de la Guerre froide, le Laos a abandonné l'économie collectiviste qui prévalait depuis 1975, pour évoluer vers une plus grande intégration au niveau régional et international. Cette évolution s'est concrétisée, entre autre, par l’adhésion du pays à l'ASEAN en 1997 et à l'OMC en 2012. Néanmoins, le développement du pays est encore fort inégal et il y a de grandes disparités entre les régions plus actives économiquement telles le bassin du Mékong et les zones plus montagneuses.

Libéralisation du commerce et effets néfastes

La voie économique choisie par le gouvernement actuel est celle de la libéralisation du commerce via l'ouverture aux investissements directs étrangers, la marchandisation des terres ou encore la promotion active des mécanismes de marché. Le pays espère également améliorer ses revenus via la disponibilité des ressources naturelles. En effet, il tente par ce biais d'attirer les investisseurs étrangers et nationaux et de favoriser les activités économiques destinées à l'exportation. Il soutient par exemple le développement de larges plantations de cultures d'exportation ou encore l'implantation d'une industrie manufacturière.

Le secteur minier s'est fortement développé ces dernières années. En 2011, il représentait à lui seul 80 % des investissements directs étrangers, 45 % des exportations et 10 % du revenu national. Ce développement s'accompagne d'effets néfastes comme des déplacements de populations, un changement dans l’accès aux ressources naturelles, des problèmes environnementaux et sociaux dans les zones de production, etc. En termes d'exploitation de ses ressources naturelles, le pays met également à profit l'immense capacité de production hydroélectrique en vue d’exporter de l’électricité à ses grands voisins dont la demande ne cesse de croître. L'exploitation, souvent illégale et peu durable des forêts suscite aussi des questions liées à l’environnement et à l’accès des communautés locales aux ressources nécessaires à leurs subsistance et développement.

Petits agriculteurs en difficultés

En ce qui concerne la production agricole, les investissements étrangers proviennent principalement des pays suivants : Chine, Vietnam, Thaïlande, Malaisie et Corée du Sud. Ce modèle de développement agricole, qui fait à nouveau la part belle aux cultures d'exportation, provoque d'importantes difficultés pour les petits agriculteurs et les communautés locales. Ils ne sont que peu ou pas impliqués dans la prise de décisions, éprouvent souvent les plus grandes difficultés à faire respecter leurs droits et perdent leur accès aux ressources naturelles. Ces difficultés sont une conséquence du manque de protection légale en matière de propriété foncière (méconnaissance des dispositions légales existantes, même dans le chef des gouvernements locaux) et de la possibilité de se faire entendre en justice. La connivence entre les élites nationales ou locales et les investisseurs étrangers est également à l'origine d'une série de problèmes comme l’accaparement de terres ou l’endettement des paysans qui signent des contrats sans en comprendre toutes les implications. À ces difficultés vient s'ajouter le fait que, même lorsqu’ils contrôlent la terre et l'eau, les petits agriculteurs manquent de connaissances commerciales et de relations, deux éléments essentiels pour pouvoir participer efficacement aux marchés locaux et ainsi obtenir des prix corrects pour leur production.

L'accès aux services sociaux de base constitue également un problème récurrent. Malgré une amélioration en matière d'enseignement primaire, les disparités entre les centres urbains et le monde rural sont encore très grandes. Des améliorations sont également visibles en matière d'accès aux soins de santé, mais la mortalité maternelle et infantile demeure très élevée. Améliorer l'accès à la santé reproductive est un des défis majeurs pour arriver à diminuer ces taux.

Parmi les autres problèmes auxquels le pays fait face, citons le grand nombre de bombes à fragmentation encore non explosées, mais aussi les catastrophes naturelles tels que le typhon Ketsana qui a frappé le pays en 2009, et qui gagnent en intensité et en fréquence ces dernières années. Faire face efficacement à cette évolution exigera une meilleure préparation aux catastrophes, mais aussi une plus grande capacité à répondre aux destructions qu'elles provoquent.