Le manque de financement pousse des millions de Congolais.e.s au point de rupture

13/04/2018

Des millions de personnes touchées par la crise humanitaire en République Démocratique du Congo (RDC) sont exposées à une aggravation de la faim et à une augmentation des maladies et des décès en raison d’un manque crucial de financement de la réponse humanitaire, alerte une coalition réunissant 20 ONG internationales à l’occasion de la conférence des bailleurs se réunissant ce jour à Genève.

Cet appel vise à mobiliser 1,7 milliard de dollars pour pouvoir venir en aide à plus de 10 millions de personnes qui ont urgemment besoin d’une assistance à travers le pays. A ce jour, seul 12% de ce montant est financé.  L’année dernière, les financements demandés n’avaient pas été atteints,  contraignant de nombreuses agences humanitaires à réduire ou interrompre leurs interventions pour apporter de l’eau potable et des vivres et assurer la sécurité aux personnes vulnérables contraintes de fuir leur foyer à cause de violents conflits.

D’après Jose Barahona, le directeur pays d’Oxfam en RDC :
« Le manque de financement nous force à faire des choix que nous ne devrions pas avoir à faire. Nous avons dû limiter notre intervention à quelques zones spécifiques et aider seulement une fraction des personnes qui ont besoin d’un soutien vital. En novembre 2017, dans les provinces du Kasaï dévastées par le conflit, nous avons dû diminuer de moitié les rations alimentaires distribuées à 90 000 personnes. Le mois dernier, nous avons dû réduire encore ces rations et plus d’un quart des personnes que nous devions aider n’ont pas reçu de nourriture du tout. Les gouvernements et les donateurs internationaux devraient en tirer des leçons. Sans financement suffisant, beaucoup de Congolais.e.s  ne recevront pas l’aide dont ils ont crucialement besoin.»

A cause, notamment, des violents conflits qui sévissent et de la pauvreté chronique, environ 13 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire urgente, soit 5,6 millions de plus qu’en 2017.

En 2017, seul 1,7 million sur les 4,6 millions de personnes ayant besoin d’un accès à l’eau potable et à des infrastructures sanitaires ont pu en bénéficier. Les autres n’ont pas eu d’autre choix que de boire de l’eau souillée et de déféquer à l’air libre, s’exposant à un risque accru de contracter des maladies.

Parmi les 4,1 millions de personnes souffrant de la malnutrition, seules 521 600 personnes ont été prises en charge. Aujourd’hui, 7,7 millions de Congolais.e.s sont confronté.e.s à des souffrances extrêmes liées à la faim.

Dans les provinces du Kasaï, seuls 39% des personnes dans le besoin ont pu bénéficier d’une aide entre octobre 2017 et fin janvier 2018. A Ituri, province limitrophe de l’Ouganda, des milliers de personnes ont été forcées de fuir leur foyer à cause des violences. Depuis décembre 2017, plus de 100 personnes ont été tuées.  Des villages, des écoles et des centres de santé ont été brulés.

L’état désastreux des routes dans un pays grand comme quasiment quatre fois la France entraine d’importants retards et une augmentation des coûts pour atteindre les régions reculées. Le financement insuffisant de la logistique et de la sécurité limite notre capacité à nous déployer rapidement. Les hélicoptères des Nations Unies, qui sont souvent l’unique moyen pour acheminer l’aide jusqu’à certaines zones, ne vont probablement plus pouvoir se déployer, faute de ressources suffisantes.

Pour Anne-Marie Connor, directrice pays de Vision du Monde (RDC) :
« Plus de 60% de ceux qui ont besoin d’aide humanitaire en RDC sont des enfants. 7,9 millions de filles et de garçons ont grand besoin d’assistance pour survivre et grandir. Un financement urgent est indispensable pour protéger les enfants affectés par la crise et permettre de construire et renforcer la résilience sur du long terme de leurs communautés. »

Pour Malek Akchour, directeur pays de Danish Refugee Council (RDC) :
« La RDC a un des plus hauts pourcentages d’enfants déscolarisés, souvent en raison de l’insécurité. En plus de contribuer à l’éducation et au développement, les écoles sont un environnement protecteur qui réduit les risques d’exploitation et d’abus. Contribuer à la scolarisation ainsi qu’à la protection et au développement des enfants devrait être une priorité pour les donateurs.»

Pour Ciarale Lavery, directeur pays d’ACTED (RDC) :
« Vu la détérioration dramatique des conditions de vie d’un aussi grand nombre, nous devons absolument galvaniser le soutien de la communauté internationale pour être en mesure de fournir l’aide nécessaire de toute urgence en RDC. »

Pour Bernard Balibuno, représentant pays de CAFOD (RDC) :
« Il est essentiel que nous agissions maintenant. Les gouvernements et bailleurs internationaux doivent combler ce manque de financement. Sans cela, beaucoup de personnes vulnérables ne survivront pas. Tous les jours des familles entières font face à l’horreur des conflits et de la violence. Ces familles ont tout perdu, leurs maisons ont été pillées et brûlées, de même que les cliniques et les écoles. »

Pour Emmanuelle Henderyckx, directrice pays de Caritas Belgique (RDC) :
« Semaine après semaine, nous continuons de constater une augmentation des besoins de la population congolaise à travers les alertes de notre réseau. Nous ne pouvons y répondre que partiellement à cause du manque critique de financement. Dans la région du Kasaï, les maisons et les champs ont été réduits en cendres, l’insécurité persiste et de nombreuses récoltes ont été perdues. Des financements sont nécessaires pour aider ces communautés à se relever. Nous avons besoin du soutien des donateurs pour renforcer la résilience de ces communautés. »

Pour Jean-Philippe Marcoux, directeur pays de Mercy Corps (RDC) :
« Au cours de l’année dernière, la situation en RDC s’est empirée. Nous avons été témoins d’une escalade progressive et continue des conflits. C’est pourquoi Mercy Corps a doublé sa réponse humanitaire et mis en place son programme de réponse pour les populations déplacées du Kivu. Ce n’est qu’une partie de notre implication en RDC. Nous travaillons également sur les causes profondes des conflits, le manque d’accès aux services et aux opportunités économiques dans un pays où les deux tiers de la population ont moins de 25 ans. »

Pour Edwin de Boevé, directeur pays de Dynamo International :
« La crise humanitaire en RDC pousse de plus en plus de familles à migrer vers les villes. Sans soutien et loin de leur cadre de vie habituel, beaucoup de familles explosent et de nombreux enfants finissent dans les rues. Les programmes de soutien aux enfants des rues sont essentiels. »

Signataires :
Oxfam, World Vision, Save the Children, ACF, NRC, DRC, ACTED, Concern, CAFOD, Caritas International Be, Mercy Corps, Zoa, War Child Hollande et Royaume-Uni, PUI, Norwegian Church Aid, 11.11.11, Trocaire, Dynamo International, Albihar Fundacion et Sapi.
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