Le phénomène climatique « La Niña » menace des millions de personnes de famine en Afrique de l’est, prévient Oxfam en amont du Sommet Action Climat des Nations unies.

11/12/2020

Dans la Corne de l’Afrique, en Afrique orientale et en Afrique centrale, plus de 50 millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire immédiate – un chiffre qui devrait encore augmenter, car la région se prépare à affronter des conditions climatiques difficiles en raison du phénomène La Niña, alerte Oxfam aujourd’hui. Cet avertissement intervient alors que les dirigeants internationaux s’apprêtent à participer – virtuellement – au Sommet Ambition Climat.

À compter de la mi-décembre, le Soudan du Sud, la Somalie, l’Éthiopie, le Kenya, la Tanzanie, le Rwanda et l’Ouganda risquent de connaître un niveau de précipitations inférieur à la moyenne à cause de la puissance du phénomène La Niña, ce qui pourrait exposer à la famine des millions d’autres personnes en 2021.

« En dévastant leurs dernières récoltes et en limitant leur réserve de nourriture et leur source de revenus, la saison sèche qui s’annonce portera le coup de grâce à de nombreux individus, » explique Lydia Zigomo, Directrice régionale d’Oxfam pour la Corne de l’Afrique, l’Afrique orientale et l’Afrique centrale.

Les agriculteurs, qui représentent près de 80 % de la population locale, ont déjà subi de plein fouet de graves inondations et la pire invasion de criquets pèlerins depuis un demi-siècle – deux événements renforcés par la crise climatique – ainsi que les conséquences économiques de la pandémie de COVID-19.

 

Le réchauffement climatique amplifie le phénomène « La Niña »

Déjà source de sécheresses plus longues et plus graves dans la région, la crise climatique risque d’amplifier la fréquence et l’intensité des épisodes La Niña.

À cela s’ajoutent les fortes pluies survenues dans les zones de reproduction des criquets, elles aussi exacerbées par la crise climatique et qui ont donné naissance aux plus gros essaims jamais observés en 70 ans. Depuis janvier, les criquets ont causé l’équivalent de 8,5 milliards de dollars de dégâts dans la région, notamment sur environ 100 000 hectares de terres cultivées en Somalie, près de 200 000 hectares en Éthiopie et quelque 70 000 hectares au Kenya, provoquant la mort du bétail ainsi que des pénuries alimentaires.

On redoute que l’invasion en Éthiopie ne soit la pire infestation jamais enregistrée au moment de la récolte dite « meher », une culture qui représente 80 % de la récolte totale du pays. Selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), des essaims devraient migrer vers le sud de la Somalie et l’Éthiopie, pour atteindre le nord du Kenya entre la mi-décembre et le mois de janvier. Un seul essaim peut contenir jusqu’à 150 millions de criquets par kilomètre carré de terres agricoles.

« Nous prenions trois repas par jour, mais avec les criquets et la COVID-19, ce n’est plus possible. À l’heure actuelle, nous vendons nos animaux pour nourrir nos familles, mais avec le couvre-feu et le confinement, ce n’est pas facile. Nos mouvements sont limités, » déclare Noor Maalim Abdi, un agriculteur kényan.

« Les criquets ont détruit nos cultures au moment où nous nous apprêtions à récolter. Je n’avais encore jamais vu d’infestations comme celle-ci, et le pire, c’est que nous ne pouvions rien y faire. Ensuite, la COVID-19 est apparue, et à cause du confinement, les prix des semences et des pesticides ont augmenté. Nous n’avons pas les moyens d’acheter ces choses essentielles. Nous n’avons pas assez de nourriture en ce moment, mais nous essayons de tout reconstruire, » explique Abdilaahi Wayrah, un agriculteur somalien qui travaille avec Oxfam.

 

La région émet 0,2% des émissions de CO2

Entre 1990 et 2015, l’Éthiopie, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda, le Soudan du Sud et la Tanzanie ont généré moins de 0,2 % des émissions mondiales de carbone, alors même que ces pays n’abritaient que 0,3 % de la population mondiale. Sur la même période, les 10 pays les plus polluants, notamment les États-Unis, la Chine et le Japon, ont émis 500 fois plus de CO2.

« L’incroyable résilience des populations les plus vulnérables de la Corne de l’Afrique, de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique centrale est mise à l’épreuve jusqu’au point de rupture par un enchaînement de catastrophes dont ils ne sont pas responsables, » ajoute Lydia Zigomo.

Nous devons intervenir en urgence pour apporter l’aide désespérément attendue par des millions de personnes souffrant de la faim.

 

Financer l’adaptation au changement climatique

Lors du Sommet Climat des Nations unies, les dirigeants mondiaux doivent également s’engager à prendre des mesures plus ambitieuses pour réduire les émissions de CO2 et empêcher une hausse catastrophique des températures à l’échelle mondiale. Les pays industrialisés riches et polluants doivent également financer davantage l’adaptation climatique afin d’aider les communautés pauvres, en particulier les communautés agricoles, à faire face au changement climatique. Ils doivent par ailleurs s’engager à soutenir les pays vulnérables à travers de nouvelles sources de financement international pour les pertes et dommages causés par des conditions climatiques plus extrêmes et imprévisibles.

Oxfam et ses partenaires soutiennent plus de 897 000 personnes en Éthiopie, en Ouganda, au Soudan du Sud, en Somalie et en Tanzanie en fournissant de la nourriture, de l’eau potable et des installations sanitaires, mais aussi une assistance monétaire et des semences. Oxfam a également aidé 3,5 millions de personnes en septembre et 2,6 millions en octobre grâce à l’assistance fournie en lien avec la COVID.

 

Notes aux rédactions

  • Le total cumulé des émissions générées entre 1990 et 2015 au Soudan du Sud, en Éthiopie, au Kenya, en Tanzanie, au Rwanda et en Ouganda ne représentait que 0,89 Gt CO2. Les 10 plus gros pays émetteurs que sont les États-Unis, la Chine, le Japon, la Russie, l’Inde, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, le Canada et la France ont émis au total près de 468 Gt CO2 sur cette même période.
  • En total cumulé, les 10 principaux pays émetteurs de CO2 entre 1990 et 2015 sont : les États-Unis, la Chine, le Japon, la Russie, l’Inde, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie, le Canada, la France. Ensemble, ils ont émis près de 468 Gt CO2 pendant ces 25 années.
  • Le rapport d’Oxfam sur les inégalités des émissions de CO2 est téléchargeable ICI.
  • La Niña fait référence à des températures océaniques plus fraîches que d’habitude dans l’est de l’océan Pacifique, qui surviennent en moyenne tous les 3 à 7 ans. Ce phénomène affecte généralement les températures, les précipitations et les tempêtes dans de nombreuses régions du monde. En Afrique de l’Est, La Niña a pour effet de provoquer des saisons plus sèches que d’habitude. D’après l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’épisode actuel La Niña pourrait durer jusqu’en 2021 et devrait être d’une intensité modérée à forte.
  • Selon les prévisions de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), la crise climatique, qui provoque des sécheresses plus longues et plus graves dans la région HECA, risque d’amplifier la fréquence et la puissance des phénomènes La Nina.
  • Source sur la population agricole en Afrique de l’Est disponible ICI. L’Éthiopie est désormais l’épicentre de la crise des criquets. Les essaims se déplacent à la fois vers la Somalie et l’Érythrée, mais aussi plus au nord vers l’est du Soudan. Si les pluies persistent, nous pourrions assister au développement d’une nouvelle génération avec la reproduction de 3 générations d’ici avril 2021 (FAO).
  • La pandémie a eu un effet dévastateur sur les moyens de subsistance déjà fragiles et les économies instables de la région. On constate en effet la diminution de la productivité agricole, la faiblesse des chaînes d’approvisionnement, l’aggravation des tensions autour des échanges commerciaux transfrontaliers ainsi qu’une limitation des perspectives d’emploi.
  • Alors que le réchauffement n’atteint qu’1 °C, la crise climatique, qui provoque des sécheresses plus longues et plus graves dans la région HECA, risque d’amplifier la fréquence et l’intensité des phénomènes La Niña. Si nous n’intervenons pas rapidement, les scientifiques prédisent un réchauffement de 3 °C d’ici la fin du siècle.

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