Les efforts déployés pour promouvoir un cessez-le-feu mondial sont un « échec retentissant », selon Oxfam

12/05/2020

Malgré l’appel du Secrétaire général de l’ONU à un cessez-le-feu fin mars, les efforts menés par la communauté internationale pour le mettre en place ont été un échec retentissant, selon Oxfam. Dans un rapport publié aujourd’hui, Oxfam s’alarme du sort de deux milliards de personnes vivant dans des pays touchés par des conflits et de de l’échec du Conseil de Sécurité de l’ONU de s’accorder sur une résolution appelant à un cessez-le-feu mondial pour lutter contre la pandémie de coronavirus.

Dans son nouveau rapport « Conflits au temps du coronavirus », Oxfam montre que dans de nombreux pays déchirés par des conflits, les violences et les combats se poursuivent sans relâche. Cette situation est exacerbée par l’échec diplomatique du Conseil de sécurité des Nations unies, par des années d’investissements insuffisants dans les efforts de consolidation de la paix et par l’afflux permanent d’armes dans les zones de conflit.

« Nous attendions une prise de responsabilité de la part du Conseil et de pays qui disent soutenir le cessez-le-feu tout en continuant de participer activement à des conflits dans d’autres parties du monde, de déployer des opérations militaires, de vendre des armes et de soutenir des tierces parties impliquées dans les conflits », déplore Magali de Biolley, responsable programmes humanitaires chez Oxfam.

Le vendredi 8 mai, les États-Unis ont finalement refusé de voter une résolution de l’ONU en faveur d’un cessez-le-feu mondial. Selon Oxfam, il s’agit d’un nouvel échec à un moment où la paix et la coopération internationale sont plus nécessaires que jamais.

La double peine des pays en guerre

Les conflits mettent en péril la santé de communautés entières, ce qui les rend particulièrement vulnérables au virus. Certaines sont prises au piège dans des régions où les hôpitaux sont bombardés et où les systèmes de santé sont paralysés, comme au Yémen où moins de la moitié des hôpitaux fonctionnent encore. D’autres se retrouvent obligées de fuir par millions pour rejoindre des camps surpeuplés qui favorisent la propagation du virus.

Selon Oxfam, la pandémie de coronavirus risque de venir aggraver la situation des populations au bord de la famine. Selon les dernières données publiées par le Programme Alimentaire Mondial des Nations unies, 135 millions de personnes souffrent actuellement d'une insécurité alimentaire aiguë, et plus de la moitié vivent dans des pays touchés par un conflit.

Selon Fatimata Gansonré, une habitante de Kaya au Burkina Faso où Oxfam opère : « Depuis le début de l’épidémie de COVID-19, tout est bloqué. On ne peut plus sortir, on ne peut plus se rassembler, nous avons dû mettre un terme à nos activités. On craint deux choses : l’insécurité et le virus. Avant le COVID-19, nous avions déjà du mal à trouver de quoi manger, mais c’est encore plus difficile aujourd’hui. »

Investir dans la paix

L’appel des Nations unies à financer le Plan de réponse humanitaire global au COVID-19 pour combattre le virus dans les pays pauvres à hauteur de 2,01 milliards de dollars doit être financé au plus vite, selon Oxfam. Ce plan est crucial pour fournir du matériel médical afin de soigner les malades, apporter de l’eau et de l’assainissement dans des lieux qui en ont désespérément besoin et permettre aux travailleurs humanitaires de se rendre dans les endroits où leur présence est vitale.

Cependant, si le Plan des Nations unies n'est pas accompagné d’une cessation immédiate des combats et d’un réel investissement pour consolider la paix, la capacité du monde à protéger les plus marginalisés contre le virus sera gravement compromise.

Malgré l’échec de ce projet de résolution, la Belgique a tout de même un rôle majeur à jouer selon Magali de Biolley. « En tant que présidente du groupe de travail sur les enfants en zone de conflits armés au sein du Conseil de sécurité, la Belgique peut mettre à l’agenda un cessez-le-feu dans des pays comme l’Afghanistan la RDC ou encore la Somalie. Sur la Syrie aussi, notre pays peut user de son rôle de membre non-permanent du Conseil et prendre l’initiative d'une proposition de résolution afin d’instaurer un cessez-le-feu, même localement, et faciliter l’accès à l’aide humanitaire pour sauver des vies ».

Pas de paix sans un ancrage local

Oxfam souligne que pour qu’un cessez-le-feu mondial ait une chance de perdurer, il doit reposer sur l’inclusion des organisations de la société civile des pays en guerre. Les défenseurs des droits de l’homme, les militants pour la paix, les groupes de femmes dirigent les efforts pour assurer la paix depuis des années et sont souvent en première ligne de la lutte contre la pandémie.

« Ici aussi, la Belgique a un rôle à jouer. Elle peut financer directement les organisations communautaires et les organisations de la société civile locales pour les soutenir dans leurs efforts de consolidation de la paix. Elles sont les mieux placées pour comprendre la dynamique des conflits sur le terrain et leur interaction avec la pandémie », observe Magali de Biolley.

Mettre un terme aux ventes d’armes

Les ventes internationales d'armes n’ont jamais été aussi florissantes. De nombreux états continuent de délivrer des licences d'exportation ou d’envoyer activement des armes aux pays en guerre ou qui connaissent une situation de conflit armé.

L’année dernière seulement, la communauté internationale a investi plus de 1 900 milliards de dollars en dépenses militaires. Cette somme est 280 fois plus élevée que la somme fixée par l’appel aux dons de l’ONU contre le coronavirus.

L'accès humanitaire est entravé par les combats, les obstacles bureaucratiques, les sanctions et les mesures antiterroristes. Un cessez-le-feu réduirait les contraintes d'accès liées à la sécurité pour permettre de se concentrer sur la prévention de la propagation du virus à des populations déjà très fragilisées.

« Gérer le coronavirus est suffisamment complexe pour un pays en paix, alors alimenter un conflit tandis qu’une pandémie sévit est plus que condamnable. Je rappelle que certaines régions du Yémen sont au bord de la famine depuis 5 ans. La malnutrition couplée à des systèmes de santé peu aptes à faire face au coronavirus fait que la population est particulièrement vulnérable à la pandémie », prévient Magali de Biolley.

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