Les monopoles sur les vaccins rendent le coût de la vaccination mondiale contre la COVID au moins 5 fois plus élevé qu'il ne pourrait l'être

29/07/2021

Le coût mondial de la vaccination contre la COVID-19 pourrait être au moins cinq fois moins important si les sociétés pharmaceutiques ne profitaient pas de leurs monopoles sur les vaccins anti-COVID-19, selon l'alliance pour un vaccin universel People's Vaccine Alliance, dont fait partie Oxfam.

Une nouvelle analyse de l'Alliance montre que les entreprises Pfizer/BioNTech et Moderna facturent aux gouvernements jusqu'à 41 milliards de dollars de plus que le coût de production estimé. La Colombie, par exemple, a potentiellement surpayé jusqu'à 375 millions de dollars pour ses doses de vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna, par rapport au prix de revient estimé. La Belgique a payé un total de 796 millions d'euros en trop pour ses vaccins.

Malgré une augmentation rapide des cas de COVID-19 et des décès dans les pays à revenu faible et intermédiaire, Pfizer/BioNTech et Moderna ont jusqu'à présent vendu plus de 90 % de leurs vaccins aux pays riches, facturant jusqu'à 24 fois le coût potentiel de production. La semaine dernière, Pfizer/BioNTech a annoncé qu'elle accorderait une licence à une société sud-africaine pour remplir et conditionner 100 millions de doses à utiliser en Afrique, mais ce ne serait qu'une goutte d’eau dans l'océan. Aucune des deux sociétés n'a accepté de transférer entièrement la technologie et le savoir-faire des vaccins à tous les producteurs qualifiés dans les pays à revenu faible et intermédiaire, une décision qui pourrait augmenter l'offre mondiale, faire baisser les prix et sauver des millions de vies.

Des vaccins qui pourraient couter 1,20 $ la dose

L'analyse des techniques de production des principaux vaccins à ARN messager produits par Pfizer/BioNTech et Moderna, qui ont été développés grâce à un financement public à hauteur de 8,3 milliards de dollars, suggère que ces vaccins pourraient être fabriqués pour 1,20 $ la dose. Pourtant, COVAX, le programme mis en place pour aider ces pays à accéder aux vaccins anti-COVID-19, a déboursé, en moyenne, près de cinq fois plus. COVAX a également eu du mal à obtenir suffisamment de doses à la vitesse requise, en raison de l'insuffisance de l'offre et de la stratégie des pays riches payant des prix volontairement excessifs pour être fournis les premiers.

Sans monopoles pharmaceutiques sur les vaccins limitant l'offre et faisant monter les prix, l'Alliance affirme que les sommes dépensées par COVAX à ce jour aurait pu être suffisantes pour vacciner complètement la population des pays à revenu faible et intermédiaire avec des vaccins à prix coûtant, sous réserve d’un approvisionnement suffisant. Au lieu de cela, COVAX permettra de vacciner au mieux 23% de leur population d'ici la fin de 2021.

L'Alliance regroupe près de 70 organisations, dont l’African Alliance, Oxfam et ONUSIDA, et affirme que le refus de certains pays riches de soutenir la suppression des monopoles et à faire baisser ces prix excessifs a directement contribué à la pénurie de vaccins dans les pays les plus pauvres.

Eva Smets, directrice d'Oxfam Belgique, a déclaré : « Les sociétés pharmaceutiques prennent le monde en otage au cours d’une crise mondiale sans précédent. Des sommes d’argent importantes pourraient être utilisés pour construire des établissements de santé dans les pays les plus pauvres au lieu d’aboutir dans les caisses des PDG et des actionnaires de ces sociétés toutes puissantes. »

Levée des brevets

Alors que certains pays riches ont commencé à redistribuer une fraction de leurs doses excédentaires et ont pris des engagements de financement, cette charité n'est pas suffisante pour résoudre les problèmes d'approvisionnement mondial en vaccins. La People’s Vaccine Alliance appelle tous les gouvernements à insister pour que la technologie des vaccins soit transférée, pour permettre à tous les fabricants qualifiés du monde entier, en particulier ceux des à revenu faible et intermédiaire, de produire ces vaccins. Les gouvernements devraient également approuver de toute urgence une dérogation aux règles de propriété intellectuelle liées aux technologies anti-COVID-19, comme le proposent l'Afrique du Sud et l'Inde.

La dérogation, qui est soutenue par plus de 100 pays, dont les États-Unis et la France, est maintenant en phase de négociations formelles à l'Organisation mondiale du commerce qui s'est réunie à nouveau cette semaine. Mais la proposition a été bloquée à plusieurs reprises par l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Union européenne.

Dans les pays à faible revenu, moins d'un pour cent de la population a été vaccinée tandis que Moderna et BioNTech ont réalisé de tels bénéfices que leurs PDG sont devenus milliardaires.

Avant la pandémie, les pays en développement payaient un prix médian de 0,80 $ la dose pour tous les vaccins, selon une analyse de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Bien que tous les vaccins soient différents et que les nouveaux vaccins puissent ne pas être directement comparables, même l'un des vaccins anti-COVID-19 les moins chers du marché, Oxford/AstraZeneca, coûte près de quatre fois ce prix ; le vaccin Johnson et Johnson coûte 13 fois plus ; et les vaccins les plus chers, tels que Pfizer/BioNTech, Moderna et le vaccin chinois Sinopharm, sont jusqu'à 50 fois plus onéreux.

Il faut mettre un terme à l’escalade des prix

Il est indispensable d’obliger les fabricants à justifier le surcoût de leurs vaccins. Mais surtout, une concurrence ouverte est essentielle pour faire baisser les prix et augmenter l'offre. Le prix de tous les vaccins, anciens et nouveaux, ne baisse que lorsqu'il y a plusieurs concurrents sur le marché.

Jamais les gouvernements n'ont acheté autant de doses de vaccins pour une même maladie, et la production à grande échelle devrait faire baisser les coûts, permettant aux entreprises de facturer des prix plus bas. Pourtant, l'UE aurait payé des prix encore plus élevés pour sa deuxième commande de Pfizer/BioNTech. L'escalade des prix devrait se poursuivre en l'absence d'action gouvernementale et avec la possibilité d’injections de rappel nécessaires dans les années à venir. Le PDG de Pfizer a suggéré des potentiels prix futurs allant jusqu'à 175 $ par dose - 148 fois plus que le coût potentiel de production. Et parce que les sociétés pharmaceutiques prévoient de facturer des prix aussi élevés pour les rappels, elles continueront à vendre leurs doses aux pays riches au détriment de la protection des vies à l’échelle mondiale.

Dans une note d'information publiée aujourd'hui, la People’s Vaccine Alliance a mis en évidence à travers quelques exemples combien les pays à revenu faible et intermédiaire comme les pays les plus riches ont potentiellement été surfacturés :

  • Le prix le plus bas déclaré pour des vaccins Pfizer/BioNTech est de 6,75 $ à l'Union africaine, mais c'est encore près de 6 fois le coût de production potentiel estimé de ce vaccin. Une dose de vaccin coûte l’équivalent des dépenses de santé annuelles moyennes de l'Ouganda par citoyen.
  • Israël a payé le prix le plus élevé déclaré pour les vaccins Pfizer/BioNTech à 28 $ la dose - près de 24 fois le coût de production potentiel. Certains rapports suggèrent qu’Israël pourrait avoir payé encore plus cher.
  • Les 1,96 milliard de vaccins Moderna et Pfizer/BioNTech de l’UE pourraient avoir été surfacturés à hauteur de 31 milliards d'euros.
  • Moderna a facturé aux gouvernements entre 4 et 13 fois le prix de revient potentiel du vaccin et aurait proposé à l'Afrique du Sud un prix compris entre 30 et 42 dollars la dose – près de 15 fois le coût de production potentiel.
  • La Colombie, durement touchée par la COVID, a payé les vaccins Moderna le double du prix payé par les États-Unis. Pour les vaccins Moderna et Pfizer/BioNTech combinés, le pays a potentiellement surpayé jusqu'à 375 millions de dollars.
  • Le Sénégal, un pays à faible revenu, a déclaré avoir payé environ 4 millions de dollars pour 200 000 doses de vaccins Sinopharm, ce qui équivaut à environ 20 dollars la dose.
  • La Belgique a payé en trop un total de 796 millions d'euros pour ses vaccins - de l'argent qui aurait pu servir à la reconstruction et à venir en aide aux sinistrés des inondations.

Notes aux rédactions

Une copie de la note d'information est disponible ici.

  • Possibilité d’organiser des interviews sur demande
  • En raison du manque de transparence des sociétés pharmaceutiques, le coût exact de la recherche, du développement et de la fabrication des vaccins est inconnu. Les estimations utilisées dans ce communiqué sont basées sur des études sur les techniques de production d'ARN messager, menées par Public Citizen avec des ingénieurs de l'Imperial College. Leur analyse suggère que la production de 8 milliards de doses du vaccin Pfizer/BioNTech pourrait coûter 9,4 milliards de dollars, soit 1,18 $ par dose,  et 22,8 milliards de dollars pour produire 8 milliards de doses du vaccin Moderna, soit 2,85 $ par dose :
    https://www.citizen.org/article/how-to-make-enough-vaccine-for-the-world-in-one-year/
  • L’estimation selon laquelle les entreprises ont facturé jusqu'à 24 fois le coût de production potentiel est basé sur les informations communiquées et disponibles. Le coût déclaré le plus élevé a été payé par Israël. Pour de nombreux pays, il n'y a pas de données disponibles sur le montant payé pour ces vaccins.
  • Pfizer anticipe un chiffre d'affaires de 26 milliards de dollars pour 1,6 milliard de doses de vaccin, soit un coût moyen par dose de 16,25 $ (contre un prix de revient potentiel de 1,18 $ par dose). Moderna prévoit des ventes comprises entre 800 millions et 1 milliard de doses, soit un coût moyen compris entre 19,20 et 24 $ par dose (contre un prix de revient potentiel de 2,85 dollars par dose). Le revenu total des ventes prévues combinées équivaut à 41 milliards de dollars au-dessus du coût potentiel de production.
  • La Colombie aurait payé 12 dollars par dose pour 10 millions de doses de Pfizer/BioNTech et 29,50 dollars par dose pour 10 millions de doses de Moderna. Une surfacturation potentielle de 375 millions de dollars.
  • Les données sur les milliardaires des entreprises de vaccins sont disponibles ici :
    https://www.oxfam.org/en/press-releases/covid-vaccines-create-9-new-billionaires-combined-wealth-greater-cost-vaccinating
  • Pfizer/BioNTech et Moderna ont reçu au total 8,25 milliards de dollars d’argent public pour leurs vaccins - 5,75 milliards de dollars pour Moderna et 2,5 milliards de dollars pour le vaccin Pfizer/BioNTech. Ce total comprend le financement public et les précommandes gouvernementales garanties.
    https://www.oxfamamerica.org/explore/research-publications/shot-recovery/
  • COVAX a rapporté avoir payé un prix moyen de 5,20 $ la dose pour ses 1,3 milliard de premières doses. Compte tenu des prix déclarés disponibles pour les vaccins du portefeuille de COVAX, il est raisonnable de supposer que COVAX a payé moins de 5,20 $ pour le vaccin Oxford/AstraZeneca (faisant baisser le prix moyen général d’une dose) et probablement payé plus pour le Pfizer/BioNTech (augmentant le prix moyen de la dose) . Le manque de transparence du système ne permet pas une vérification plus fine.
  • Gavi rapporte que COVAX atteindra une couverture de 23% dans les populations éligibles d'ici fin 2021 :
    https://www.gavi.org/sites/default/files/covid/covax/COVAX%20Supply%20Forecast.pdf
  • La concurrence a fait baisser les prix des médicaments anti-VIH de première génération de 99 % sur une période de 10 ans, passant de 10 000 $ à 67 $ par patient et par an : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3078828/#B67
  • Selon l'OMS, avant la pandémie, les pays en développement payaient normalement en moyenne 0,80 $ par dose pour les vaccins.
  • Le vaccin chinois Sinopharm est vendu jusqu'à 40 $ la dose (50 fois plus cher que 0,80 $) :
    https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(21)00306-8/fulltext#sec1


 

Contact us

Presse francophone
Sotiris Gassialis
0494/13.56.78
sotiris.gassialis@oxfam.org

Presse néerlandophone
Belinda Torres Leclercq
0472/55.34.43
belinda.torres-leclercq@oxfam.org

Follow us

OH-magazine
Abonnez-vous au magazine trimestriel d’Oxfam-Solidarité. Envoyez-nous un mail à
oh-magazine@oxfamsol.be.

Twitter
Suivez-nous sur Twitter.