Les personnes les plus pauvres reçoivent moins d’un centime par jour pour se protéger de la crise climatique

23/09/2019

Dans un nouveau rapport publié aujourd’hui, juste avant le Sommet Action Climat de l’ONU à New York, Oxfam estime que les personnes qui vivent dans les pays les plus pauvres reçoivent environ 3 dollars par an, soit moins d’un centime d’euro par jour, pour se protéger des effets dévastateurs de la crise climatique. Le rapport démontre que les citoyen-ne-s de pays comme la Somalie et le Mozambique paient un prix humain et financier croissant du fait de la multiplication des catastrophes liées au changement climatique auquel ils et elles ne contribuent pratiquement pas. Oxfam appelle les dirigeant-e-s politiques à écouter les revendications des citoyen-ne-s qui font grève pour le climat et à doter les personnes vulnérables des ressources dont elles ont besoin pour survivre.

Les promesses de financer l’adaptation au changement climatique formulées par les pays riches sont notoirement floues, mais Oxfam estime dans son rapport que les 48 pays les moins développés du monde reçoivent entre 2,4 et 3,4 milliards de dollars par an (soit entre 2,2 et 3,1 milliards d’euros) seulement pour s’adapter aux conséquences du changement climatique, soit moins de 3 euros par an et par personne.

La Belgique manque d’ambition climatique

La reconstitution des ressources du Fonds Vert pour le Climat, ce mécanisme créé par l’ONU pour aider les pays les plus pauvres à lutter contre le réchauffement climatique, figure à l'ordre du jour du Sommet Action Climat de l'ONU qui se tient aujourd’hui à New York.

Lors de la conférence de Lima sur les changements climatiques de 2014, la Belgique s’était engagée à verser 50 millions d’euros au Fonds, une contribution portée à 77 millions d’euros suite aux apports supplémentaires des régions. Un montant qu’Oxfam juge toujours insuffisant. Selon l’ONG, si la reconstitution du Fonds Vert pour le Climat devait atteindre entre 15 et 22 milliards de dollars (soit entre 13,6 et 20 milliards d’euros) pour renforcer son impact, une contribution juste de la Belgique oscillerait entre 270 et 400 millions d’euros.

Le rapport d’Oxfam

Le rapport, Qui fait les frais du réchauffement ?, étudie la situation de la Somalie et du Mozambique, où des millions de personnes souffrent déjà des conséquences de longues sécheresses et de cyclones dévastateurs, autant de signes avant-coureurs de ce à quoi le monde pourrait ressembler dans un futur proche sans mesures urgentes des responsables politiques du monde entier. Les dégâts causés par les cyclones Idai et Kenneth en début d’année au Mozambique ont coûté 3,2 milliards de dollars au pays (environ 2,9 milliards d’euros), soit plus d’un cinquième de son produit intérieur brut (PIB), ou l’équivalent de 23 ouragans Katrina.

Oxfam publie son rapport juste avant l’ouverture aujourd’hui du Sommet Action Climat de New York, événement où l’on espère que les représentant-e-s politiques du monde entier sauront entendre les revendications des personnes qui font grève pour le climat partout dans le monde et aller au-delà des efforts décevants déployés depuis l’accord de Paris de 2016. Charles Michel prendra la parole à New York ce lundi vers 21h25 heure de Belgique, une occasion de montrer plus d’ambition climatique en s’engageant à revoir à la hausse la contribution de notre pays au Fonds Vert pour le Climat. 

Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International, a déclaré : « Les gouvernements riches, qui avaient promis d’aider les nations pauvres à s’adapter à la crise climatique, n’ont finalement pas été à la hauteur. Les nations les plus pauvres et les plus endettées du monde sont celles qui ont le moins contribué à cette crise. Ce sont pourtant elles qui en font les frais. Si nous voulons éviter de voir les crises humanitaires se multiplier, des gens souffrir de la faim et perdre leur vie injustement, nous devons augmenter le montant des subventions pour le climat afin d’aider ces pays à s’adapter. Il faut que ce soit de l’aide et pas des prêts à rembourser. »

En chiffres

L’année dernière, la sécheresse qui a touché la Corne de l’Afrique a rendu plus de 15 millions de personnes tributaires de l’aide humanitaire en Somalie, en Éthiopie et au Kenya. Les cyclones qui ont frappé le Mozambique cette année ont affecté 2,6 millions de personnes. Si des fonds substantiels étaient alloués à la lutte contre le changement climatique chaque année, les pays pourraient limiter l’impact des chocs climatiques, en diversifiant les cultures, en économisant l’eau ou encore en investissant dans de meilleurs systèmes de veille météorologique.

En 2009, les pays développés ont déclaré leur intention d’accorder 100 milliards de dollars par an au financement de la lutte contre le changement climatique d’ici 2020 afin d’aider les nations plus pauvres à réduire leurs émissions et à s’adapter. La semaine dernière, le 13 septembre, ils ont annoncé avoir versé 71 milliards de dollars (près de 64,5 milliards d’euros), un chiffre que nous soupçonnons fortement d’avoir été gonflé, mais qui est de toute façon loin de l’objectif qu’ils s’étaient fixé.

Le niveau de la dette dans des pays comme la Somalie et le Mozambique exacerbe l’impact des chocs climatiques, car il restreint les fonds qu’ils peuvent utiliser pour renforcer leur résilience face à des chocs climatiques et pour baser leur développement sur un modèle caractérisé par de faibles émissions de carbone. La dette de la Somalie s’élève à 75 % de son PIB et tout emprunt destiné à financer la crise climatique risque d’alourdir sa dette. Oxfam estime qu’environ deux tiers des financements dédiés au climat prennent la forme de prêts.

Des mesures en faveur du climat pour limiter les crises humanitaires

Halima Adan, directrice adjointe de Save Somali Women and Children, une organisation partenaire d’Oxfam, explique : « La famine est le quotidien de millions de Somaliens et Somaliennes, qui voient leurs moyens de subsistance décimés par une sécheresse qui sévit depuis trois ans. En plus d’une assistance d’urgence visant à sauver des vies, nous devons prendre des mesures concrètes pour le climat, dans l’objectif de renforcer la résilience de la Somalie et ainsi limiter l’impact des futures crises humanitaires. »

Oxfam demande aux nations les plus riches de réduire fortement leurs émissions et d’augmenter les financements destinés à l’adaptation climatique des pays les moins développés. Pour cela, elles doivent respecter leur engagement en termes de financement dédié au climat d’ici 2020 et multiplier au minimum par deux leurs contributions au Fonds vert pour le climat.

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