Maltraitance et renvois illégaux d’enfants migrants

22/06/2018
 
A Vintimille, à la frontière franco-italienne, des équipes d’Oxfam voient au jour le jour des enfants d’à peine 12 ans maltraités, détenus et renvoyés illégalement en Italie par la police des frontières française. 
 
Vintimille est une petite ville italienne située à 7 km de la frontière avec la France. Depuis que la France a renforcé les contrôles à la frontière en 2015, des milliers de migrants s’y retrouvent bloquées. Sur les quatre premiers mois de 2018, 4.000 personnes seraient arrivées dans la petite ville. Les mineurs isolés représentent un quart de ces migrants. 
 
« J'ai tenté de traverser la frontière ce matin. La police nous a fait descendre du train en nous bousculant et en nous hurlant dessus. » témoigne Michael, 15 ans et originaire du Darfour au Soudan. « Elle nous a ensuite embarqués dans un fourgon sur le parking de la gare. On nous a donné un document (refus d'entrée) dans le fourgon, puis nous avons dû monter dans un autre train en partance pour l'Italie, sans autre explication ».

Maltraitance physiques et verbales

 
Dans un nouveau rapport d’Oxfam ces enfants racontent avoir été maltraités physiquement et verbalement, et détenus de nuit dans des cellules sans eau, sans nourriture, sans couverture, et sans avoir accès à un tuteur. Dans certains cas, les gardes-frontières coupent les semelles de leurs chaussures ou volent leur carte SIM. 
 
« On a passé une après-midi et une nuit dans une petite chambre [en France], » nous raconte Fatima, 37 ans. Elle a fui l’Irak avec sa mère âgée après avoir été menacée et frappée par l’Etat islamique. « Nous avons été laissées sur des chaises toute la nuit. On ne nous a rien dit, on ne nous a rien donné à manger ou à boire. On nous poussait et bousculait tout le temps. Ils ont marché violemment sur mes pieds, mes gros orteils sont noirs. Je n’avais jamais été traitée par la police de cette façon de toute ma vie. » 
 
Ce rapport fait suite au précédent rapport d’Oxfam sur les abus que subissaient les migrants sur la route des Balkans. Il est inquiétant de voir de telles similarités dans les mauvais traitements que doivent subir les migrants au sein d’États de l’Union européenne. 

Abandonnés dans des centres d’accueil

 
Souvent, ces enfants se sont enfuis des centres d'accueil qui les hébergent en Italie : ils n’y ont accès à aucune scolarité et n’y reçoivent pas d’information sur la façon dont ils peuvent demander l’asile ou retrouver des membres de leur famille dans d’autres pays européens. Après des mois d’attente, voire des années, nombre d’entre eux décident de tenter leur chance et de continuer leur périple seuls. Les autres sont mis à la porte des centres à leurs 18 ans.
 
« J’étais dans un grand centre en Sicile. Ils m’ont vraiment mal traité. Des garçons plus âgés nous frappaient et nous volaient notre nourriture sans que personne n’intervienne. On n’allait pas à l’école. Je passais mes journées couché sur un matelas à regarder le plafond ou à parler avec des personnes de mon pays. Je ne voulais pas rester là-bas. Personne ne se souciait de nous » explique Amadou, 15 ans, originaire de la Guinée.
 
Le seul centre d’accueil près de Vintimille, le camp de Roja, fournit un hébergement basique pour 444 personnes. Mais le manque d’information, la forte présence de policiers à l’entrée et l’obligation de laisser ses empreintes digitales dissuadent la plupart des migrants d’y rester.  

Des femmes enceintes sous un pont

 
De ce fait, des centaines de migrants dorment sous un viaduc, sans accès à l'eau potable, sans abri ni chauffage. personnel d’Oxfam y rencontre fréquemment des familles, des femmes enceintes et des enfants non-accompagnés. La majorité de ces migrants fuient la guerre et les persécutions qu’ils ont subies dans des pays comme le Soudan, l’Érythrée, la Syrie et l’Afghanistan. Parmi eux, des survivants de viol et de torture en Libye. La plupart essayent d’atteindre des pays comme la France, la Grande-Bretagne, la Suède et l’Allemagne, où ils espèrent rejoindre de la famille ou des amis.
 
« J’ai deux cousins en France. Ils travaillent là-bas. Je ne les connais pas si bien – j’étais enfant quand ils sont partis – mais je veux les rejoindre… Je pense qu’ils vont m’aider. Je suis un membre de la famille » explique Timania, 15 ans, originaire du Soudan.

L’action d’Oxfam

 
Oxfam intervient à Vintimille depuis août 2017. Avec l'ONG italienne Diaconia Valdese, elle gère le programme OpenEurope qui vise à fournir conseils juridiques, informations et soutien aux migrants et qui est déjà venu en aide à plus de 750 personnes. 
 
Oxfam travaille aussi avec d’autres groupes spécialisés dans les droits humains pour porter certains cas en justice et distribue des « kits de dignité » et de petits sacs à dos contenant chaussettes, gants, couvertures et autres produits d’hygiène.
 
Oxfam appelle aussi les gouvernements européens, dont la Belgique, à respecter leurs obligations légales et à faire preuve d’humanité et de solidarité envers les plus vulnérables. 
 
Bahia Zrikem, experte sur la thématique migratoire chez Oxfam-Solidarité : « L’Europe doit réparer son système d’asile et partager la responsabilité de l’accueil des réfugiés entre ses différents pays. Les gouvernements et les autorités responsables aux frontières devraient respecter les besoins spécifiques et protéger les droits des enfants. »
 
Découvrez le rapport complète
 
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