Migrations : pour une nouvelle approche européenne

10/10/2017

En voyant la migration comme une « menace » à endiguer à tout prix, l’Union Européenne sacrifie ses idéaux, mettant en péril les droits humains et la dignité de personnes vulnérables. Un revirement complet est nécessaire de toute urgence.

Un agenda migratoire aux conséquences humaines désastreuses

En 2015, face au nombre croissant de personnes tentant de rejoindre ses frontières en quête de sécurité et d'une vie meilleure, l'UE a mis en place un « Agenda Migratoire », soit un plan de gestion des migrations au niveau européen. Cet agenda il comporte 4 piliers : endiguer les migrations illégales, mieux gérer les frontières, réformer la politique d’asile et développer les possibilités d’immigration légale.

Deux ans plus tard, il est clair que c’est l’impératif de stopper les migrations irrégulières qui a pris le dessus sur tout le reste, au prix de la sécurité et des droits d’hommes et de femmes vulnérables.

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Renforcer la « forteresse Europe »

Le raisonnement privilégié par l’Union Européenne est le suivant : si elle renforce ses frontières, cela arrêtera les migrations. Or ce n’est pas le cas : les personnes migrantes se retrouvent simplement obligées d’entreprendre leur voyage dans des conditions toujours plus dangereuses et de prendre plus de risques. En considérant les migrations comme une menace à endiguer, les  politiques européennes ont des conséquences humaines désastreuses, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de ses frontières.

Or, les migrations ne doivent pas être vues comme une menace à arrêter. Elles ont toujours existé, elles ont lieu à une bien plus grande échelle dans d’autres continents (en Ouganda, au Liban, au Kenya, au Bengladesh...). Et quand elles sont bien gérées, elles sont même sources de richesse, à la fois pour les pays d’origine et pour les pays de destination.

Des conséquences pour les pays en développement

Un premier objectif de l’Union européenne est de stopper les migrations autant que possible dans le pays d’origine. L’UE conclut donc des accords avec ces pays pour qu’ils renforcent leurs propres frontières. Ces accords monétisent d’une part l’aide au développement, qui est utilisée comme « monnaie d’échange » en échange du renforcement de leurs frontières. Mais ces accords ont aussi des conséquences directes sur les populations locales qui n’avaient pas de projet particulier de rejoindre l’Europe.

En effet ces renforcements des frontières entravent les mouvements de populations inter-régionaux. Des mouvements qui sont important pour les échanges entre communautés, le commerce, la résilience des populations face aux changements climatiques, et à terme pour leur développement. Plus grave, renforcer ces frontières locales a aussi un impact sur les personnes en danger qui fuient des situations critiques comme des sècheresses ou des guerres. Et ce sont les plus vulnérables qui se retrouvent bloqués aux frontières.

Les droits de l’Homme en péril aux frontières de l’UE

En parallèle, l’UE met en place des accords avec d’autres pays à ses frontières (comme la Turquie et maintenant la Lybie) pour qu’ils l’aident à « stopper » les mouvements migratoires, sans prendre en compte pour autant la situation des droits de l’homme dans ces pays. En Lybie, on fait état de nombreux cas de torture, de viols et de traite des êtres humains parmi les migrants qui y sont bloqués. En Turquie, on parle d’exploitation et de travail des enfants.

Par ailleurs, l’utilisation de « hotspots » en Grèce et en Italie depuis 2 ans va souvent à l’encontre des droits et de la dignité des migrants qui atteignent les côtes européennes. Ces « hotspots » sont censé être des lieux d’identification et d’enregistrement rapides des nouveaux arrivants mais les migrants y sont en pratique détenus pendant de longues durées, sans conseil juridique ni accès aux services de base, dans des camps surpeuplés et dans des conditions d’insécurité et de manque de dignité. Ils sont aussi régulièrement mis sous pression pour accepter un retour forcé dans leur pays d’origine au lieu de leur permettre de déposer leur demande d’asile.

En Grèce, en Italie mais aussi en Belgique

La vision européenne de la migration comme une « menace » à stopper avant tout, nous en voyons aussi les conséquences en Belgique, dans l’approche chaotique et répressive qui est choisie par les autorités concernant les quelques centaines de migrants qui se sont réfugiés aux alentours du parc Maximilien.

8 recommandations pour une toute autre approche

C’est pourquoi Oxfam appelle les décideurs européens dans son nouveau rapport à changer complètement d’approche et à mettre ne place une politique migratoire basée sur ces 8 principes :

  1. Garantir que les fonds prévus pour l’aide au développement servent effectivement des projets de développement et répondent aux besoins les plus criants au lieu de financer la répression des migrations 
  2. Prendre en compte les risques et les conséquences (régionales et locales) qu’ont les politiques européennes de renforcement des frontières régionales sur les communautés concernées
  3. Venir en aide aux personnes en danger, par exemple en Méditerranée
  4. Améliorer et multiplier les possibilités de migration via des routes sûres et légales
  5. S’assurer que les conditions d’accueil des personnes qui arrivent en Europe soient dignes, avec un accès suffisant aux services de base et à l’aide dont elles ont besoin
  6. S'assurer que les procédures d'asile soient accessibles, équitables et efficaces
  7. Ne pas emprisonner les personnes qui sont actuellement dans une procédure d’asile
  8. Faciliter la réunification familiale, notamment entre les personnes qui viennent d’arriver en Europe et leur famille déjà installée dans un autre pays européen.

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