Plus d’un million de femmes sont prises en étau entre conflit et Coronavirus au Burkina Faso

25/05/2020

Plus d’un million de femmes et de filles au Burkina Faso sont confrontées à une augmentation des violences sexuelles, de la faim et du manque d’eau en raison de la pandémie de Coronavirus et du conflit préexistant, annonce Oxfam aujourd’hui.

Dans son rapport Les Femmes dans la crise au Burkina Faso: survivantes et héroïnes, Oxfam révèle que les femmes et les filles sont exposées à des risques sans précédent, notamment le harcèlement et l'agression quotidiens, dans les champs et à proximité des points d'eau.

« On entend souvent crier dans les tentes la nuit », témoigne une femme déplacée. « 5 jeunes filles ont été violées par les groupes armés, une jeune fille a été violée devant tout le village et laissée pour morte, une autre a vu son mari et son fils assassinés sous ses yeux », témoigne l’animatrice d’un groupe de discussion à Dori, au nord du pays.

« Ce rapport révèle les immenses lacunes d’une réponse humanitaire insuffisante voire inexistante par endroit. Les jeunes filles et les femmes sont beaucoup plus vulnérables et exposées dans cette crise et nous devons mieux les protéger et répondre à leurs besoins », explique Papa Konaté Sosthène, Directeur pays d’Oxfam au Burkina Faso.

Aux traumatismes endurés par les populations déplacées lors de l’attaque de leur village ou pendant leur fuite, s’ajoutent le stress lié à la perte de leurs moyens de subsistance, à la promiscuité, au manque d’intimité et à la dépendance vis-à-vis de l’aide humanitaire. Face à la misère, les femmes sont exposées à l’exploitation sexuelle, au recours à la prostitution et à l’enrôlement dans les groupes armés.

Actuellement 2,2 millions de personnes ont besoin d'une aide humanitaire au Burkina Faso. Les femmes et les enfants représentent 84% des 848.000 personnes qui ont été forcées de fuir les conflits. Vivre dans un site exigu où ils partagent des tentes et ont peu accès à l'eau présente un risque face à la propagation de Covid-19.

« Avec le Covid-19, c’est encore plus difficile, nous partons à l’aube au point d’eau pour obtenir un seul bidon et quand il y a trop de monde, nous devons laisser le bidon et rentrer à la maison », témoigne Mariam Ouedraogo, qui a dû fuir son village comme des milliers de femmes, pour se réfugier à Kaya, une ville au Nord de Ouagadougou.

Des besoins fondamentaux non couverts

Les besoins sont criants dans tous les domaines : eau, nourriture, abris, protection, tant au niveau des populations déplacées que de la communauté hôte dont les conditions de vie ne sont dans bien des cas que légèrement meilleures que celles des personnes déplacées.

En effet, plus de 90 % des personnes déplacées ont été accueillies dans des régions déjà caractérisées par une très grande pauvreté, fragilisées par une crise climatique, de mauvaises récoltes et des ressources naturelles dégradées et insuffisantes. Enfin, un contexte sécuritaire qui ne facilite pas l’accès aux populations allié à une augmentation rapide du nombre de personnes déplacées (dont le flux est quotidien) ne permettent pas l’accès de tous à l’aide existante.

Afin de répondre à la crise humanitaire et limiter la propagation du Covid-19, Oxfam au Burkina Faso estime qu’il faudrait lever une enveloppe de 10 millions d’euros pour notamment construire ou réhabiliter 107 points d’eau, apporter une aide en matière d’hygiène à plus de 287.000 personnes et mettre en place un programme spécifique de protection dans la réponse humanitaire.

Le rapport d’Oxfam met également en lumière l’enjeu de promouvoir la participation active des femmes dans les structures de gouvernance et dans la consolidation de la paix. Pour Naomie Ouedraogo Bicaba qui se bat pour la paix à travers le Réseau des femmes de foi pour la paix (REFFOP), une organisation partenaire d’Oxfam « Nous devons mettre les femmes au cœur de la construction de la paix car elles peuvent apporter beaucoup en tant que mères, filles, sœurs. L’éducation des enfants incombe davantage aux femmes », explique-t-elle.

Notes aux redactions:

  • Le rapport complet est disponible ici .
  • Le programme d’Oxfam eu Burkina vise à renforcer l'information et la sensibilisation des communautés sur le Covid-19 et les mesures de prévention, et à favoriser l'engagement communautaire face à cette pandémie. Les activités en cours incluent désormais la collaboration avec des partenaires locaux sur les mesures de prévention du COVID-19 et l'amélioration de l'accès à l'eau et à l'assainissement, la promotion d'une bonne hygiène et le soutien aux services de santé locaux en étroite collaboration avec les autorités sanitaires locales. Oxfam a l'intention de construire ou de réhabiliter 107 points d'eau et de de soutenir 287 000 personnes à travers des mesures d'hygiène.
  • La population d’une ville comme Kaya qui comptait 54.000 personnes en 2006 et en compterait aujourd’hui, selon les interlocuteurs, entre 95.000 et 150.000, connait une situation de pénurie qui affecte aussi bien la population résidente que les déplacés.
  • À la crise sécuritaire et humanitaire s'ajoute depuis le 9 mars la crise sanitaire du Covid-19. Cette crise a déjà provoqué 814 cas, dont 52 décès dans 9 régions du Burkina Faso.

Contact us

Presse francophone
Sotiris Gassialis
0494/13.56.78
sotiris.gassialis@oxfam.org

Presse néerlandophone
Belinda Torres Leclercq
0472/55.34.43
belinda.torres-leclercq@oxfam.org

Follow us

OH-magazine
Abonnez-vous au magazine trimestriel d’Oxfam-Solidarité. Envoyez-nous un mail à
oh-magazine@oxfamsol.be.

Twitter
Suivez-nous sur Twitter.