“Quand le soleil brille, nos champs se meurent”

28/05/2014

Oxfam-blogueur Chris Hufstader était le mois dernier à Sinoe County au Libéria avec une équipe de chercheurs. Le changement climatique y menace les recoltes. Comment pouvons-nous agir ?

J’étais le mois dernier à Sinoe County au Libéria avec une équipe de chercheurs. Dans des villages isolés, nous avons discuté avec des paysans des changements de saisons et des pluies imprévisibles. Cela semblait être un phénomène local, qui intéressait peu de gens.

Komonah, une petite ville dans le Sud du Libéria, Sinoe County.

Mais le monde est bien plus petit qu’avant, et nous commençons aussi à voir les effets du changement climatique en Europe, aux Etats-Unis ainsi que dans les pays les plus pauvres où vivent les personnes les plus vulnérables.

Les paysans de Komonah, une petite ville dans le Sud du Libéria, à Sinoe County, m’ont raconté qu’habituellement il y avait des précipitations d’avril à octobre. Or dernièrement, ce calendrier semble avoir changé.

« Il pleut maintenant de janvier à février », me disent les paysans. Et ils racontent qu’en 2009 les pluies étaient arrivées tellement tôt qu’ils n’étaient pas prêts. En 2010 ils ont donc modifié leur planification. Malheureusement, les pluies sont arrivées cette fois ci à un tout autre moment, plus tard que l’année précédente et plus proche de la saison des pluies habituelle.

Eric Pyne, 31 ans est paysan à Komonah. Il est marié et père de 5 enfants.

« Certaines de nos cultures périssent sans pluie, comme le riz ou le manioc »,  m’explique un autre paysan. En effet trop de soleil peut décimer leurs récoltes. « Quand nous voyons le soleil briller, nous savons que nos champs se meurent. »

Jackson Doe, 35 ans cultive du riz et du manioc dans le village de Komonah.

Aujourd’hui des paysans comme Jackson Doe et Eric Pyne de Sinoe County s’inquiètent de ne plus savoir quand ils doivent s’attendre à de la pluie et quand ils doivent planter. Cela est dû en partie au fait que les régions forestières du Libéria sont assiégées : des producteurs d’huile de palme causent leur déforestation en cherchant à s’agrandir, libérant dans l'atmosphère le carbone qui était emmagasiné dans la végétation, et contribuant ainsi à l’effet de serre qui réchauffe les océans et change le climat.

Partie d’une plantation de palmiers à huile dans le Sinoe county, Libéria, qui a récemment été abattue et replantée.

« Nous avons observé un changement dramatique dans les saisons », explique Daniel Krakue qui travaille pour une organisation libérienne, ‘Entrepreneurs sociaux pour le développement durable’. « Aujourd’hui, nous n’avons plus de mois spécifiques pour le début et la fin des pluies. Ceci cause de sérieuses interrogations quant à la manière dont nous pourrons continuer à cultiver. »

Daniel Krakue, qui travaille pour une organisation libérienne, ‘Entrepreneurs sociaux pour le développement durable’.

Oxfam attire l’attention sur la manière dont les géants de l’agroalimentaire se procurent des ingrédients comme l’huile de palme. En effet, cela peut contribuer au changement climatique et rendre la vie plus difficile pour de nombreux petits paysans comme ceux que j’ai rencontrés à Komonah.

Il s’agit d’un problème global mais nous avons tous un rôle à jouer pour améliorer la situation. Demandez à des entreprises comme Kellogg and General Mills, deux géants de l’agroalimentaire qui se classent parmi les pires en matière d’action face au changement climatique, de s’assurer que leurs fournisseurs n’abattent pas les forêts tropicales et n’aggravent pas le changement climatique.

Aucune entreprise ne peut se permettre d’ignorer ses consommateurs, faites entendre votre voix!

Blog: Chris Hufstader. Photos: Anna Fawcus.