Réfugiés burundais en Tanzanie: à l’abri des violences, mais pas du besoin

23/12/2020

La candidature en avril 2015 à un troisième mandat controversé du président Pierre Nkurunziza a plongé le Burundi dans une crise politique et poussé à l’exil quelque 400.000 personnes, dont 168.000 rien qu'en Tanzanie. Depuis mai 2015, Oxfam soutient les Burudais.es réfugié.es dans le camp tanzanien de Nduta, avec l'appui de l'Union européenne.

En mai 2015, Sabimana Leah et ses deux enfants ont parcouru à pied les 150 kilomètres qui séparent Ruyigi, leur ville natale au Burundi, de la frontière tanzanienne. À l’époque, les meurtres, les tortures et les arrestations arbitraires se multipliaient à un rythme alarmant au Burundi. Arrivée en sécurité en Tanzanie, la famille a été transférée vers le camp de réfugié.es de Nduta en bus.

« Nous avons séjourné dans un abri collectif pendant un mois avant de recevoir une tente familiale », se souvient Sabimana Leah. Cinq ans plus tard, ils vivent toujours dans ce vaste camp qui abrite quelque 75.000 burundais.es, dont beaucoup n’osent pas rentrer au pays à cause de la persistance des violations des droits humains

25 litres d'eau par personne et par jour

En attendant que les violences prennent fin au Burundi et que les réfugié.es puissent rentrer chez eux, Oxfam s’assure que tout le monde ait accès à 25 litres d’eau chaque jour, soit 5 litres de plus que la quantité minimale que l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés conseille de fournir à chaque personne résidant dans un camp.

« L’eau est essentielle pour survivre, mais c’est bien plus que cela encore », explique Josephat Singano, ingénieur sanitaire pour le compte d’Oxfam. « Elle est utilisée pour boire et cuisiner - afin que les gens ne tombent pas malades - pour nettoyer et prendre une douche, pour faire pousser des plantes ou élever des animaux, mais aussi pour aller aux toilettes. »

Elle contribue également à restaurer la dignité des réfugié.es. « Depuis notre arrivée, la situation s’est nettement améliorée », témoigne Sabimana Leah. « Il y a un point d’eau potable à quelques mètres de l’endroit où nous habitons mes enfants et moi. Nous pouvons accéder à l'eau pour cuisiner, laver nos vêtements et nous baigner. Nous buvons même de l'eau directement au robinet ». 

L’installation de toilettes renforce la santé et la sécurité des réfugié.es

Le manque d'accès aux toilettes peut avoir des conséquences graves sur la santé, surtout dans un camp comme celui de Nduta, vaste comme une ville. Disposer de latrines appropriées évite de contaminer les sources et les nappes d'eau, et réduit d'un tiers diverses formes de diarrhées, la dysenterie et le choléra. Oxfam a construit 1.680 toilettes, alimentées en eau grâce à un pipeline conçu par les ingérnieur.es d’Oxfam et qui puise l’eau dans une rivière à la lisière du camp.

Vamporeye Damiana vit à Nduta depuis décembre 2015. C’est la troisième fois qu'il fuit son pays pour chercher refuge en Tanzanie. Le fait d'avoir des latrines près de sa maison lui est très utile. « À mon âge, je ne peux pas parcourir de longues distances pour aller aux toilettes, surtout la nuit », confie-t-il. Les latrines ont été installées à proximité de points d'eau et il y a un accès constant à du savon, afin d'assurer un lavage des mains complet, ce qui est crucial pour prévenir la propagation des maladies.

Oxfam forme des jeunes réfugié.es aux métiers de la construction

Afin de favoriser leur réinsertion future sur le marché du travail, Oxfam forme les résident.es de Nduta à des emplois porteurs quand ils pourront rentrer au pays, comme les métiers de la construction, secteur où la demande est forte au Burundi.

C’est le cas de Ndayikunda Felista (25 ans), formée au métier de cheffe de chantier. « Certains pensent que les femmes ne peuvent pas tenir une clé. Je leur réponds que je suis la preuve vivante qu'avec un peu de détermination, les femmes sont tout à fait capables de gagner leur vie en travaillant sur un chantier », confie-t-elle avec une pointe de contentement. Cette mère de famille peut être fière : il y a un an, elle ne connaissait rien à ce métier. « Au début c’était compliqué. Les angles, les niveaux, les distances… Aujourd’hui, on fait appel à moi sans arrêt pour entretenir ou réparer les canalisations qui alimentent le camp en eau ».

Le travail d’Oxfam à Nduta

Grâce à votre soutien et à celui de la Direction générale pour la protection civile et les opérations d'aide humanitaire de la Commission européenne, Oxfam a pu :

  • Donner accès à l'eau potable à 90 000 personnes dans le camp de réfugiés de Nduta
  • Construire un pipeline de 3 km pour acheminer de l’eau dans tout le camp
  • Installer une vingtaine de points d’eau et réparer ceux qui étaient détériorés
  • Construire 1 680 toilettes familiales ainsi que 13 blocs de toilettes dans 8 écoles
  • Distribuer 6 500 kits d’hygiène et 5 000 kilos de savon
  • Former des dizaines de personnes aux métiers de la construction
  • Protéger les filles et les femmes du camp en faisant de la prévention sur les risques de violences sexuelles.

© Photos: Bill Marwa/Oxfam

 

La réponse humanitaire déployée dans le camp de réfugié.es de Nduta a bénéficié du finacement de l'Union Européenne (Protection Civile et Opérations d'aide humanitaires européennes).