Sierra Leone : des politiques de quarantaines risquées

ebola
16/12/2014

La mauvaise mise en oeuvre des quarantaines généralisées en Sierra Leone comporte des risques : au lieu d’endiguer l’épidémie d’Ebola, celles-ci aggravent en fait le risque de propagation de cette maladie mortelle, tout en infligeant des souffrances inutiles aux communautés.

En dernier recours, des quarantaines bien mises en oeuvre peuvent contribuer à enrayer la propagation du virus Ebola. Mais avec 6 districts sur 14 déjà touchés par des mesures de quarantaine en Sierra Leone, force est de constater que nombre des communautés mises en quarantaine se retrouvent dans les faits privées de moyen de subsistance et de soins de santé. Dans certaines zones où Oxfam travaille, jusqu’à 500 personnes doivent partager une seule latrine publique. La situation devient dès lors insupportable pour des personnes qui étaient déjà aux prises avec une forte pauvreté.

À Freetown, la capitale, Oxfam distribue des kits d’hygiène aux personnes confinées dans les zones de quarantaine. Des habitant-e-s ont rapporté à Oxfam que le manque de vivres, d’eau et de services essentiels, tels que des soins de santé autres que les traitements contre Ebola, les contraint à franchir le cordon sanitaire. Le manque d’accès à des services d’assainissement pose également un grave problème.

« Nous subissons une grave stigmatisation »

« Être en quarantaine est très difficile. » témoigne Patrick Kamara, 43 ans, qui vit dans un bidonville au centre de Freetown. « J’avais l’habitude d’aller travailler à pied, et j’en profitais pour rapporter à manger à ma famille. Mais maintenant que nous sommes en quarantaine, la vie est très difficile. À la maison, nous n’avons pas d’eau pour boire. Nous n’avons plus de provisions. Quand on va en acheter, raconte-t-il en parlant de la nourriture et de l’eau, ils nous repoussent. Ils disent que c’est de l’argent Ebola. Nous subissons une grave stigmatisation. »

Regardez ici le reportage  "De l'autre côté de la corde" sur les quarantaines en Sierra Leone:

Dans ces zones, les familles n’ont d’autre choix que d’enfreindre les ordres de mise en quarantaine et de sortir du périmètre sanitaire pour se procurer de la nourriture, de l’eau et des services essentiels au risque de saper les efforts déployés pour endiguer la maladie.

Une méthode de dernier recours

« Les quarantaines doivent être considérées comme un dernier recours. Il existe des principes juridiques clairs et tous les efforts doivent être faits pour maintenir les droits des personnes », déplore Thynn Thynn Hlaing, directrice pays d’Oxfam en Sierra Leone. « Nous craignons qu’elles n’aient pour seul effet d’inciter les autres communautés à sous-évaluer le nombre d’infections et de décès, ou à soigner les victimes d’Ebola par leurs propres moyens, afin d’éviter la mise en quarantaine. »

Dernièrement, le centre national de lutte contre le virus Ebola a établi de nouveaux protocoles de mise en quarantaine. Mais sans une coordination ni des ressources suffisantes pour que l’ONU et les autres organisations internationales puissent aider efficacement les populations, cette initiative pourrait être vouée à l’échec. Il est essentiel que le gouvernement de Sierra Leone et les agences des Nations unies garantissent que les procédures de quarantaine répondent aux besoins fondamentaux des personnes visées.