Un New Deal pour les réfugiés

09/11/2015

Dans un rapport commun publié aujourd’hui, sept organisations humanitaires alertent la communauté internationale sur la nécessité d’un plan d’appui aux réfugiés de Syrie véritablement ambitieux pour remédier à ce qui est la plus grave crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

La fin du conflit en Syrie n’est toujours pas en vue et les réfugiés n’ont aucune perspective de retour dans des conditions garantissant leur sécurité. Ce « New Deal » devrait donc accroître les investissements dans les pays voisins de la Syrie, qui accueillent plus de 4 millions de réfugiés, et mettre fin aux restrictions empêchant les réfugiés d’y travailler ou, dans certains cas, d’y vivre dans la légalité. Le plan doit en même temps protéger et renforcer leur droit de demander asile.

« De nombreux réfugiés sont actuellement condamnés à vivre dans un vide juridique, face à un arsenal de restrictions qui les maintiennent dans la peur constante de se faire arrêter, emprisonner et déporter », explique Jan Egeland, secrétaire général du Norwegian Refugee Council (NRC). « Leurs conditions de vie se dégradent terriblement et, réduits à la dernière extrémité, les réfugiés décident de plus en plus souvent de retourner dans la zone de guerre qu’ils avaient fuie ou de risquer leur vie pour passer en Europe. Nous devons aider les pays d’accueil à offrir aux réfugiés la possibilité de vivre dans la dignité et d’apporter une contribution aux communautés qui les accueillent. »

Les organisations humanitaires estiment qu’une nouvelle approche créative, s’inscrivant dans le long terme, est nécessaire. Avec une aide appropriée des bailleurs internationaux, les pays voisins de la Syrie doivent pouvoir élaborer des politiques permettant aux réfugiés de mieux subvenir à leurs propres besoins financiers, sans risquer de se faire arrêter par les autorités. Cela permettrait également aux réfugiés de contribuer à l’économie des communautés qui les accueillent.

Dans l’impossibilité de payer un loyer ou de s’acheter de la nourriture, les réfugiés restent tributaires d’une aide qui se réduit. Ils se retrouvent dès lors enfermés dans un cercle vicieux de dénuement et d’endettement. Environ 70 % des réfugiés au Liban n’ont pas les documents nécessaires pour demeurer légalement dans le pays, et en Jordanie, nombre des réfugiés qui vivent en dehors des camps ont beaucoup de mal à accéder aux services de santé et d’éducation, faute de disposer de documents à jour.

« Depuis maintenant plus de quatre ans, les réfugiés vivent au jour le jour, dépendant de l’aide humanitaire, ne sachant pas d’où viendra le prochain repas, rappelle Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam. Des menuisiers, des agriculteurs et des enseignants expérimentés, que nous rencontrons souvent, peinent à réunir de quoi payer un loyer pour garder un toit au-dessus de leur tête. Leurs compétences devraient être mises à profit afin qu’ils subviennent aux besoins de leur famille tout en soutenant l’économie des pays qui les accueillent. De nouveaux emplois pourraient également être bénéfiques pour les  millions de Jordaniens, Libanais, Turcs et Irakiens qui souffrent aussi de cette crise. »

« Nous risquons de perdre toute une génération de jeunes Syriennes et Syriens, celle-là même qui devra reconstruire la Syrie une fois le conflit enfin terminé, s’alarme Misty Buswell, directrice régionale du plaidoyer chez Save the Children. Les adultes se trouvant dans l’impossibilité de gagner leur vie, de plus en plus d’enfants finissent par travailler. Des centaines de milliers d’enfants manquent des années d’école. Il faut dire que les systèmes scolaires des pays voisins sont saturés et ont grand besoin de soutien. »

« Les réfugiés sont souvent considérés – à tort – comme un poids. La communauté internationale doit prendre conscience que tout indique le contraire : les réfugiés légalement autorisés à travailler peuvent contribuer avantageusement aux pays d’accueil avec leurs diverses compétences et leur expérience », souligne Peter Klanso, directeur du Danish Refugee Council (DRC) dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Même avec des politiques et des investissements appropriés, l’ampleur de la crise signifie que les réfugiés les plus vulnérables auront besoin de trouver asile hors de la région. Les pays riches doivent offrir une solution de réinstallation à au moins 10 % des réfugiés qui en ont le plus besoin. Mais jusqu’à présent, ils se sont engagés à n’accueillir que moins de 3 % d’entre eux, et les délais d’attente sont beaucoup trop longs.

Signataires :

  1. Care
  2. Danish Refugee Council
  3. International Rescue Committee
  4. Norwegian Refugee Council
  5. Oxfam
  6. Save the Children
  7. World Vision International
     

Notes aux rédactions :

 

  • Au Liban, les réfugiés de Syrie représentent 30 % de la population : le pays en accueille plus d’un million, dont près de 500 000 enfants en âge d’aller à l’école. Depuis janvier 2015, le Liban a fermé ses frontières aux nouveaux réfugiés. Celles et ceux qui souhaitent obtenir un titre de séjour doivent s’engager par écrit à ne pas travailler ou doivent trouver un citoyen libanais qui se porte garant pour eux. Des centaines de milliers de réfugiés doivent choisir entre renoncer à la possibilité de travailler et vivre sans titre de séjour valable, avec les risques que cela comporte.
  • La Jordanie compte plus de 630 000 réfugiés syriens, dont plus de 83 % habitent dans des zones urbaines, et non dans les camps. Environ 48 % des réfugiés syriens se trouvant dans les communautés hôtes ne sont pas passés par le mécanisme légal de sortie des camps et rencontrent des difficultés pour maintenir leur enregistrement, accéder aux services et à l’aide humanitaire et enregistrer les naissances, les décès et les mariages. 99 % des réfugiés qui parviennent à trouver un emploi travaillent dans le secteur informel, en général pour un salaire particulièrement bas.
  • En Turquie, qui accueille quelque deux millions de réfugiés syriens, des villes ont vu leur population doubler. Les réfugiés peuvent bénéficier de services publics là où ils arrivent, mais à moins de pouvoir invoquer le regroupement familial ou des raisons médicales, ils ne sont pas en mesure de s’installer dans les zones urbaines où les emplois se trouvent. Environ 600 000 réfugiés syriens ne sont toujours pas enregistrés et ne peuvent pas officiellement avoir accès à la majeure partie des services publics. La plupart ne peuvent pas travailler en toute légalité et finissent par rejoindre l’économie informelle, où ils se font souvent exploiter.
  • Dans le Kurdistan irakien, les réfugiés vivant dans les camps peuvent obtenir des titres de séjour leur permettant de travailler et d’accéder aux services publics. Ceux-ci sont en revanche difficiles d’accès pour les réfugiés vivant en dehors des camps. Dans le reste de l’Irak, les réfugiés ne peuvent pas travailler même s’ils résident dans un camp.
  • L’Égypte a enregistré près de 130 000 réfugiés syriens, mais l’État estime que leur nombre atteint quasiment le double dans le pays. Face à la longueur et au coût de la procédure, mais aussi du fait des quotas limitant l’emploi des non-ressortissants égyptiens, seule une petite partie des réfugiés syriens a pu obtenir un permis de travail.

 

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