Voici les 5 questions que vous nous avez posées sur la gratuité du vaccin contre le coronavirus

17/06/2020

Oxfam, l'ONUSIDA et plus de 150 leaders mondiaux, appellent à ce que le futur vaccin contre le coronavirus soit exempt de brevets et gratuit pour tou.te.s. Alors que les scientifiques du monde entier sont toujours lancés dans une véritable course contre la montre pour trouver un vaccin, vous nous avez déjà posé de nombreuses questions sur notre appel à un vaccin gratuit. Voici nos réponses :

Je signe pour un vaccin gratuit contre le coronavirus

1. Pourquoi le futur vaccin contre le Covid-19 doit-il être gratuit et rendu accessible à tout le monde équitablement ?

La pandémie de coronavirus a déjà coûté la vie à des centaines de milliers de personnes, et si elle ralentit dans certains pays, dans d'autres - et en particulier dans certaines régions parmi les plus inégales au monde - elle continue de se propager. La semaine dernière, l'OMS a désigné l'Amérique latine comme le nouvel épicentre du virus.

Ce virus a paralysé certains des systèmes de santé les plus performants du monde, alors imaginez les conséquences qu’il pourrait avoir sur les hôpitaux des pays les plus pauvres, parfois sous-équipés ou déjà engagés dans la lutte contre d’autres épidémies. Un vaccin est notre meilleur espoir de mettre fin à la pandémie et au chaos qu'elle provoque.

Notre état de santé ne devrait pas être tributaire de nos moyens financiers

La santé est un droit et non un privilège. Nous pensons que les soins de santé devraient être accessibles gratuitement sur le lieu où ils sont dispensés. Malheureusement, chaque année, des milliards de personnes ne peuvent pas être prises en charges par du personnel soignant parce qu'elles n’en ont pas les moyens.  

Cette pandémie risque de plonger des millions de personnes dans l’insécurité alimentaire et dans la pauvreté. Cela réduit encore plus leur accès à des soins de santé plus nécessaires que jamais, et donc aussi à un vaccin. C’est particulièrement le cas des femmes et des filles, qui ont souvent tendance à se priver de soins alors qu’elles constituent la grande majorité du personnel soignant et sont donc particulièrement exposées au coronavirus.

Cette pandémie risque d’accroître la faim et la pauvreté pour des millions de personnes

Ce qui signifie que la moitié de la population mondiale qui vit avec moins de 5,5 dollars par jour aura d’autant plus de mal à se soigner ou à se payer un vaccin.

Mais la gratuité du futur vaccin contre le coronavirus n'est pas seulement une question d'équité. Il est également impératif de protéger chacun.e d'entre nous. Un vaccin pourra protéger l’humanité du virus uniquement si toutes celles et ceux qui en ont besoin y ont accès. Tant que certaines personnes dans le monde n'auront pas accès au vaccin, nous resterons tou.te.s exposé.e.s à ce virus.

Tandis que certain.e.s tablent sur la disparition progressive du virus, et que d'autres misent sur l'immunité collective, il est important de savoir que cette dernière est souvent atteinte grâce aux campagnes de vaccination. Le simple fait d'attendre qu'un nombre suffisant de personnes soient infectées par le virus pourrait coûter des millions de vies et continuer à creuser les inégalités entre nous. Un risque qu’on ne peut pas se permettre de prendre.

2. Que signifie "répartition équitable" ?

Si les stocks de vaccins sont limités, il est logique de les administrer en premier lieu aux personnes les plus exposées, notamment le personnel médical et les autres travailleur.euse.s en première ligne, les personnes âgées et celles qui présentent des problèmes de santé préexistants, où qu'elles se trouvent. Selon nos estimations, 1 milliard de personnes sont concernées.

La solution la plus équitable serait de disposer le plus rapidement possible d'un vaccin en quantité suffisante pour tout le monde. Pour y parvenir, il faut au moins deux choses :

Premièrement, les gouvernements et les groupes pharmaceutiques participant au développement d’un vaccin doivent s’engager à partager les résultats de leurs essais cliniques avec le reste du monde. Mieux, le futur vaccin devrait être libre de tout brevet. Ainsi, tout pays ou entreprise ayant la capacité de fabriquer le futur vaccin contre le coronavirus se lancerait dans une production massive tandis que les autres pays seraient libres d'importer des vaccins à bas prix pour que leurs populations puissent également en bénéficier.

Deuxièmement, le monde a besoin de moyens pour répondre à une demande mondiale sans précédent. Les gouvernements, en particulier ceux des pays qui possèdent le savoir-faire technologique nécessaire à la mise au point du futur vaccin, doivent débloquer les fonds nécessaires à la production de celui-ci et s'engager à assurer un accès mondial libre et équitable.

3. Qui finira par payer ce vaccin ? Pouvons-nous nous permettre de la rendre gratuit pour tout le monde ?

Le vaccin doit être un bien public mondial. Il devra être produit au plus faible coût possible, idéalement à un coût maximal de 2 dollars par dose de vaccin, et administré gratuitement à toute personne en ayant besoin. Les entreprises pharmaceutiques dont les activités de recherche ont été financées par l’argent des contribuables, ne devraient pas bénéficier du droit exclusif d’en établir le prix ou chercher à en tirer profit.

Selon les estimations d’Oxfam, le prix de la vaccination de la moitié la plus pauvre de l’humanité (3,7 milliards de personnes) contre le coronavirus pourrait être inférieur aux profits engrangés par les dix plus grandes compagnies pharmaceutiques en quatre mois

Selon Oxfam, la question n’est pas tant le coût du vaccin, mais la volonté politique commune de rendre ce vaccin abordable pour l’ensemble de l’humanité.

4. Oxfam veut-elle rendre le vaccin obligatoire ?

La vaccination sauve des millions de vies chaque année. La variole et la polio ne sont que deux exemples de maladies qui ont été éradiquées de la plupart des états du monde de manière efficace, grâce aux vaccins. Il existe un grand nombre de preuves scientifiques qui démontrent que les vaccins sont efficaces et sûrs.

Le vaccin ne fonctionne pas seulement pour la personne qui le reçoit : chaque personne vaccinée contribue à prévenir la propagation de la maladie, car elle ne peut pas la transmettre en raison de son immunité.

À l'heure actuelle, des millions de personnes sont toujours menacées par la pandémie de coronavirus. Notre plus grande crainte est de ne pas pouvoir vacciner toutes celles et ceux qui ont besoin d'être protégés.

Dès lors, Oxfam appelle à l’organisation de campagnes d'information basées sur des preuves scientifiques claires et transparentes vérifiant l’efficacité du futur vaccin et toute autre traitement mis au point pour protéger la santé des gens.

5. Quels sont les enjeux éthiques posés par le développement d'un nouveau vaccin ?

Les vaccins ont largement contribué à améliorer notre santé – tout comme l'accès à l'eau potable - et jouent donc un rôle important dans l’amélioration de notre santé collective. Cependant, plusieurs questions éthiques se posent lorsqu'un nouveau vaccin est développé. En voici deux importantes :

La phase d'essai

Les nouveaux médicaments, y compris les vaccins, doivent passer par une phase de tests rigoureuse avant d'être approuvés pour un usage médical à grande échelle. De nouveaux types de vaccins contre le Covid-19 sont actuellement mis au point, comme les vaccins à ARN. Comme tous les autres vaccins, ils doivent être testés rigoureusement pour s'assurer qu'ils sont sûrs et efficaces.

Les exemples effroyables de tests médicaux menés sur des communautés vulnérables au Zimbabwe et au Nigeria dans les années 90 ou lorsque le tout premier vaccin contre la variole a été testé sur des enfants vivant dans un orphelinat en Autriche sont là pour nous rappeler qu’il est impératif de tester tout nouveau vaccin selon un protocole éthique strict.

La phase de déploiement

Certains médicaments développés ne sont jamais mis à la disposition des plus démuni.e.s à cause du prix exorbitant auquel ils sont souvent vendus, surtout lorsque la demande est plus importante que l’offre et qu’il y a dès lors trop peu de vaccins à disposition de toutes celles et ceux qui souhaitent être vaccinés. Dans ce cas de figure, la question souvent posée est : qui doit bénéficier du vaccin en premier ?

La réponse est pourtant simple : les personnes les plus exposées, quels que soient leur lieu de résidence, leur revenu, leur origine ethnique ou leur sexe.

Exigez que tout le monde soit protégé