Voilà comment Kadiha, réfugiée, parvient à nourrir ses chèvres au cœur du désert

10/07/2018

Kadiha Abdelfatah Mohamed vit dans un camp de réfugiés sahraouis situé au sud de l’Algérie. Au cœur du désert, elle luttait pour trouver de quoi nourrir ses chèvres. Mais depuis qu’Oxfam y a introduit une méthode de culture innovante, elle arrive à produire son propre fourrage frais. Elle nous raconte son expérience.

« Je m’appelle Kadiha Abdelfatah Mohamed. J’ai 28 ans et je vis ici dans la wilaya (camp) de Smara, un des camps de réfugiés sahraoui situé dans la région algérienne de Tindouf. Je vis avec mes parents, mes deux frères et ma sœur. La majorité des gens ici sont nés et ont grandi dans les camps. J’y ai été à l’école primaire et secondaire. J’ai ensuite continué mes études en Algérie à Oran où je me suis spécialisée en journalisme. Aujourd’hui je travaille dans une station de radio locale du camp de Smara. »

L’Algérie accueille depuis 1975 des milliers de réfugiés du Sahara occidental, l’une des crises de réfugiés les plus longue au monde. Au cœur du désert, cultiver sa propre nourriture ou parvenir à nourrir son troupeau relève de l’impossible. C’est pourquoi Oxfam a lancé un projet innovant permettant de cultiver du fourrage dans cet environnement hostile grâce à la technique de l’hydroponie. Kadiha nous explique son fonctionnement.

« Auparavant, nous souffrions du manque de fourrage. Nous cherchions partout de l’alimentation pour notre bétail et des manières pour l’améliorer. Il y a peu de produits disponibles pour nourrir le bétail ici ». La seule nourriture disponible pour les chèvres dans ce désert sans végétation est en effet des restes et des détritus. «  J’ai assisté à une session de sensibilisation sur la culture de fourrage hydroponique, organisée par Oxfam. Cette thématique m’intéressait. Une amie m’a inscrite sur une liste pour y participer. Suite à un entretien j’ai été sélectionnée. »

« La première étape de l’hydroponie est de nettoyer les graines d’orge de leurs impuretés et d’en extraire les parties cassées. Les graines d’orge sont ensuite recueillies dans un récipient en plastique, où elles seront imbibées dans l’eau pendant 24 heures afin d’enclencher le processus de germination. Pendant les 48 heures suivantes il faut humidifier les graines d’orge par petits coups jusqu’à l’éclatement de germes et l’apparition de racines. »

Cette étape a lieu dans un dôme en adobe, construit par Oxfam avec un financement du PAM, qui permet d’obtenir des conditions optimales à la germination et d’éviter que les températures ne montent trop haut, dans un désert où le thermomètre grimpe rapidement jusqu’à 55 degrés en été.

« Après ce processus de germination, il faudra recueillir délicatement l’orge dans des conteneurs de collecte – à raison de 1kg/conteneur. Afin d’éviter l’assèchement du fourrage, il faudra irriguer les conteneurs 3 à 4 fois par jour. En seulement une semaine, l’orge formera un de tapis végétal qui pourra être retiré des conteneurs et donné aux chèvres. »

«  Ma famille s’est aussi impliquée dans le projet et nous avons beaucoup appris. Maintenant, travailler à ce projet est devenue une de nos priorités : ça nous permet de nourrir nos chèvres avec de la nourriture saine et à bas coût pour qu’elles produisent quotidiennement du lait à un excellent rendement. Je suis très reconnaissante à Oxfam et à toutes les parties impliquées dans ces projets pour l’aide humanitaire qu’ils fournissent au peuple sahraoui. »

Ce projet a été réalisé grâce à un financement du Programme alimentaire mondial et mis en œuvre en collaboration avec des partenaires locaux : les autorités sahraouies en charge du développement économique et l’Union des Femmes Sahraouies. Oxfam travaille dans les camps de réfugiés sahraouis depuis 1976.