Le nombre de milliardaires augmente en Amérique latine tandis que le continent le plus inégalitaire au monde connait une envolée de cas de coronavirus

27/07/2020

La fortune des 73 milliardaires d'Amérique latine, l’une des régions les plus touchées par le coronavirus, a augmenté de 48,2 milliards de dollars depuis le début de la pandémie, selon un rapport publié par Oxfam aujourd'hui. 

Depuis mars, le continent sud-américain déjà fragilisé par de graves difficultés économiques et une hausse des inégalités compte en moyenne un nouveau milliardaire toutes les deux semaines, tandis que des millions de personnes continuent à lutter contre la maladie et que les hôpitaux manquent de tout.

Les 42 milliardaires que compte le Brésil ont vu leur richesse nette combinée passer de 123,1 milliards de dollars en mars à 157,1 milliards en juillet, tandis que les sept personnes les plus riches du Chili ont vu leur fortune combinée augmenter de 27 % pour atteindre 26,7 milliards de dollars.

L’incapacité des gouvernements latino-américains à taxer les grosses entreprises et les personnes les plus riches sape la lutte contre le coronavirus, la pauvreté et les inégalités. Oxfam estime que l'Amérique latine perdra 113,4 milliards de dollars en recettes fiscales cette année, soit 59 % des dépenses de santé publique de la région.

« Tandis qu’une majorité de latino-américains sont confinés et vivent dans la crainte de tomber malades, les milliardaires d'Amérique latine ont doublé leur fortune à hauteur de plus de 413 millions de dollars par jour depuis le début de la pandémie », remarque Chema Vera, le directeur exécutif intérimaire d'Oxfam International.

Et d’ajouter : « Alors que les plus pauvres craignent d’être expulsés parce qu'ils ne peuvent plus payer leur loyer, les milliardaires eux ont investi en obligations, dans l’or et l'immobilier, comme ils l'ont fait après la crise économique mondiale de 2008 et de 2011. Si les gouvernements ne prennent pas des actions concrètes pour transformer nos systèmes économiques, les mouvements de protestation contre les injustices sociales qui balaient actuellement le monde risquent de se multiplier. »

L'Amérique latine était déjà la région la plus inégale du monde. Les efforts des gouvernements de ces pays pour lutter contre le coronavirus et sauver des vies ont été contrecarrés par les inégalités et une corruption profondément enracinée, et le virus va continuer de creuser l'écart entre les plus riches et les autres.

Situation critique au Pérou

Bien que le Pérou ait décrété un confinement national obligatoire dès le 16 mars, parmi les plus stricts d’Amérique latine, le pays enregistre plus de 366 550 cas de contamination et déplore un bilan atteignant 13 767 morts, ce qui en fait le deuxième pays le plus touché d'Amérique latine après le Brésil et désormais l'un des foyers de coronavirus les plus alarmants au monde.

Plus de 70 % des Péruviens travaillent au jour le jour dans l'économie informelle, sans contrat ni avantages sociaux appropriés et sans avoir la moindre sécurité d'emploi ni indemnités de maladie. Depuis le début de la quarantaine, le 16 mars, 2,3 millions de personnes vivant à Lima, la capitale du Pérou, ont perdu leur emploi et éprouvent de grandes difficultés à nourrir leur famille. 200 000 personnes ont fui les villes à pied pour rejoindre leur village natal à la campagne, certains emportant le virus avec eux. Dans le même temps, les deux plus grandes fortunes du Pérou ont vu leur fortune combinée augmenter de 6 %, pour atteindre 5,5 milliards de dollars, tandis que le pays compte deux nouveaux milliardaires.

Le gouvernement péruvien s'est empressé d'aider les familles les plus pauvres à survivre en versant des sommes d’une valeur d’environ 100 dollars par famille, un montant jugé insuffisant par Oxfam face à l’ampleur des inégalités dans ce pays.

"Seuls 42 % des Péruviens âgés de 15 ans ou plus possèdent un compte bancaire et la majorité des bénéficiaires de l'aide, les plus pauvres du pays, sont exclus du système bancaire. Ils n'avaient pas d'autre choix que de se rendre en personne à la banque, où les files d'attente sont tellement denses qu’elles sont devenues un terrain propice au coronavirus. Vaincre la pandémie, c'est vaincre les inégalités. Cela signifie également mettre un terme aux privilèges de quelques privilégiés", a déclaré Vera.

Le confinement au Pérou a entraîné la fermeture de toutes les entreprises, à l'exception des fournisseurs de denrées alimentaires, des pharmacies et d'autres services essentiels. Cependant, une semaine plus tard, de grandes sociétés minières, pétrolières et agroalimentaires ont contourné l'ordre, arguant de leur importance vitale et stratégique à l’économie du pays et promettant de se plier à des mesures sanitaires strictes.

Mais beaucoup d'entre elles n'ont de toute évidence pas mis en œuvre les mesures minimales de réduction des risques. La mine de cuivre Antamina a signalé 210 cas positifs au coronavirus, tandis que 90 % des tests effectués sur les employés de l’entreprise productrice d'huile de palme Ocho Sur début juin se sont avérés positifs – une menace directe pour les communautés indigènes voisines, qui sont parmi les plus mal desservies par le système de santé publique péruvien et qui craignent un lourd bilan. Dans la région amazonienne où l'entreprise opère, on compte moins de huit médecins pour 10 000 habitants.

En Amérique latine, 140 millions de personnes, soit environ 55 % de la population active, travaillent dans l'économie informelle et près d'une personne sur cinq vit dans des bidonvilles surpeuplés. Pas moins de 52 millions de personnes pourraient sombrer dans la pauvreté en Amérique latine et dans les Caraïbes en raison de la pandémie, ce qui représenterait un retour en arrière de 15 ans dans la lutte contre la pauvreté.

Dans une région où une femme sur trois est touchée par la violence à caractère sexiste, les mesures de confinement ont entraîné une recrudescence des rapports de violence domestique et des féminicides. En Argentine, au moins 81 femmes ont été tuées pendant le confinement depuis le 20 mars.

L'investissement moyen des pays d'Amérique latine dans le domaine de la santé représente 4 % du PIB, soit la moitié du montant investi par les pays membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Des décennies de privatisation et de sous-investissement ont laissé les systèmes de santé publique de la région mal préparés à la crise du coronavirus et ont pesé sur la montée en flèche de la courbe des infections.

Pour les plus de 5 millions de migrants vénézuéliens vivant dans la région, la pandémie est une double peine. Après avoir fui le chaos économique et politique dans leur pays, des millions de personnes se sont retrouvées sans emploi à cause du confinement. Nombre d'entre eux sont sans papiers et ont été exclus des mesures gouvernementales, privés de transferts d'argent ou d'accès aux services de santé. Désespérés et souvent sans abri, faute de pouvoir payer leur loyer, 80 000 personnes ont déjà pris le chemin du retour, en traversant les Andes pour rentrer chez eux, où pour rappel, un Vénézuélien sur trois était confronté à la faim avant la pandémie.

Faire en sorte que les personnes ayant une fortune supérieure à un million de dollars paient entre 2 et 3,5 % d'impôts en fonction de leur richesse nette en 2020 permettrait aux gouvernements d'Amérique latine de réunir jusqu'à 14,2 milliards de dollars de recettes fiscales, qui pourraient être consacrées aux soins de santé et aux filets de sécurité sociale. Ce montant est 50 fois supérieur à celui qui sera probablement perçu cette année auprès des milliardaires de la région.

"Le virus s'est répandu en Amérique latine non pas par manque de discipline, mais à cause des inégalités, comme en témoigne l'envergure de l’économie informelle, l’absence d’une véritable protection sociale universelle et la sous-imposition des plus riches dans la région. Les gens sont confrontés à un dilemme : rester à la maison et mourir de faim ou risquer d'essayer de gagner leur vie. Les super-riches ont une énorme dette envers nos sociétés et il est plus que temps qu'ils paient leur juste part", a déclaré Vera.

Notes aux redactions

  • Les calculs d'Oxfam sur les personnalités les plus riches proviennent de la liste des milliardaires de Forbes et du classement des milliardaires en temps réel, également réalisé par Forbes. Nous avons comparé la richesse nette des milliardaires d'Amérique latine au 18 mars 2020 à leur richesse nette au 12 juillet 2020.
  • Au cours de cette période, la richesse nette combinée des milliardaires est passée de 8,8 à 11,2 milliards de dollars en Argentine, de 123,1 à 157,1 milliards de dollars au Brésil, de 13,7 à 14,1 milliards de dollars en Colombie, de 21 à 26,7 milliards de dollars au Chili, de 5,2 à 5,5 milliards de dollars au Pérou et de 3,4 à 3,5 milliards de dollars au Venezuela.
  • Seuls trois pays d'Amérique latine ont un impôt sur la fortune : L'Argentine (taux maximum de 1,25 %), la Colombie (1 %) et l'Uruguay (1 %).
  • Le rapport d’Oxfam est disponible sur demande (en espagnol et en portugais uniquement).
  • Depuis le début de la pandémie, Oxfam est venue en aide à 250 000 personnes parmi les plus vulnérables d'Amérique latine et des Caraïbes en leur fournissant une aide alimentaire, des kits d'hygiène, des abris et des transferts d'argent, en collaboration avec plus de 60 partenaires dans 11 pays.

Contact us

Nederlandstalige pers
Belinda Torres Leclercq
0472/55.34.43
belinda.torres-leclercq@oxfam.org

Franstalige pers
Sotiris Gassialis
0494/13.56.78
sotiris.gassialis@oxfam.org

Follow us

OH-magazine
Abonneer je op het driemaandelijks magazine van Oxfam-Solidariteit, stuur een e-mail naar
oh-magazine@oxfamsol.be.

Twitter
Volg ons op Twitter